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Interception au-dessus de l'Alaska

1 er août 1989. C'est la toute fin de la guerre froide. Quelque part en Alaska, des radars de défense US ont détecté deu...

10 septembre 2012

Far West'12 - September Thunder


On connaissait déjà le May Gray et le June Gloom. Les californiens utilisent ces appellations imagées pour décrire la météo typique de la fin du printemps sur la côte Pacifique en Californie du sud : plafonds bas, brume le matin, températures fraîches. C'est pas terrible pour voler, mais comme en quelques mille nautiques vers l'est on rejoint un soleil radieux, il suffit d'une éclaircie pour s'échapper et être tranquille pour le reste d'un Far West.

Cette année, ça a été grosso modo le contraire. La côte Pacifique était quasiment sans nuage, au point que je me demande si on aurait pas du tenter Half Moon Bay (un terrain près de San Francisco réputé pour être toujours dans le brouillard). Dans les déserts du Nevada et de l'Arizona par contre...

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Courte finale à Mojave.

Ça a commencé lors du vol entre Merced (Yosemite) et Las Vegas. La première étape, en descendant la vallée de San Joaquin jusqu'à Bakersfield, s'est déroulée sous le même ciel limpide qui nous accompagnait depuis le début. Les premiers nuages sont apparus lorsque nous avons débouché sur le désert de Mojave, de l'autre coté de la Sierra Nevada.
Sur le parking de l'aéroport de Mojave, après avoir fait le plein au self-serve, j'ai pu observer des barres de towering cumuluses qui fermaient l'horizon à l'est et au nord-est, s'élevant même parfois en impressionnants cumulonimbus. Les informations météos glanées sur l'ordinateur du FBO confirmaient la présence d'orages isolés dans le désert, particulièrement au niveau de Barstow, c'est à dire en plein sur la route prévue. Las Vegas, la destination, étant quant à lui encore clair.
Après une discussion avec moi-même, j'ai décidé de décoller et de voir à quoi ça ressemblait en l'air : de toutes façons, il allait falloir contourner la zone restreinte d'Edwards par le sud avant de repartir vers le nord-est, on allait voir si cela permettrait aussi de passer autour des orages.
Avant même de décoller, j'ai pu sentir les effets des cunimbs : le contrôleur de Mojave me fait rouler pour la piste 30 alors que la manche à air semble être quasiment pour l'opposée, et après discussion à la radio me fait finalement décoller en 26. Le vent est, comme a dit le pilote qui est parti juste avant, all over the place.

Carte météo du vol Mojave > Las Vegas.

Comme on peut voir sur ma belle carte, le contournement a été possible, mais a été beaucoup plus large que prévu. En conséquence, le vol a été assez long (presque 3 heures au lieu des 2 prévues) et stressant : analyse des nuages, choix de trajectoires en fonction du relief, suivi du carburant et de l'autonomie, identification des déroutements possibles... Heureusement qu'il y avait l'autopilote et le GPS, et bien entendu le flight following qui est inestimable - même si à chaque changement de fréquence, le nouveau contrôleur me demandait de confirmer ma destination, tant je volais rarement en direction de Las Vegas.
Mon stress a apparemment débordé sur Delphine, qui m'a dit (après être arrivés) qu'elle avait été inquiète par moments. Un autre aspect de mon pilotage qu'il faudra travailler.

Quelque part entre les montagnes et les nuages.

Au sud de Barstow, j'ai décidé de passer entre deux cellules nuageuses qui touchaient le sol, une séquence reminiscente de 2008 : regards en arrière pour vérifier si çà ne se ferme pas, pluie sur le pare brise, analyse des rayons de soleil discernables devant... Après ça, l'arrivée sur le gros terrain de McCarran, qui m'inquiétait a priori, a été presque reposante - même si j'ai eu du mal à comprendre le over the numbers 25 demandé à la radio par la contrôleuse.

Finale 19R à McCarran, toujours un grand moment.

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A partir de là, on a eu des orages tous les après-midi, avec des QNH dépassant les 3030 inhg (1025 hpa) et des température frôlant les 40°C. J'ai décidé unilatéralement d’appeler ça le September Thunder. Nous avons pris l'habitude de ne voler que le matin : en prévoyant d'arriver à destination avant midi (13h au plus) on pouvait généralement s'en tirer sans problème.

Sauf le jour où nous sommes allé survoler Monument Valley au départ de Flagstaff.
Après ce grand local de deux heures, c'est le contrôleur d'Albuquerque, qui gérait mon flight following, qui m'a averti le premier : l'aéroport de Flagstaff, notre destination, était en plein sous un orage. Une écoute rapide de l'ATIS l'a confirmé, et bientôt aussi, la vue des nuages noirs accrochés sur le sommet de la San Francisco Mountain.  En continuant de se rapprocher, on s'est trouvés sous une chape sombre qui, devant et sur notre droite, descendait jusqu'au sol, une muraille zébrée d'éclairs. Cette fois-ci, j'ai assez vite décidé qu'il ne serait pas possible d'aller à Flagstaff, et me suis dérouté vers l'est, sur notre gauche où le ciel était plus clément, et où la highway 180 nous amenait à l'aéroport de Winslow - un terrain que je ne connaissait pas, mais qui avait l'air suffisamment accueillant sur la carte.


Ce choix de déroutement s'est avéré médiocre : FBO déserté (j'ai appris plus tard que la seule employée s'était tordue la cheville la veille), pas de réception téléphonique, pas d'internet, trop loin de Flagstaff pour avoir l'ATIS par radio. On a au moins pu y faire le plein d'essence et manger nos sandwiches, mais l'analyse météo a du se limiter à scruter l'horizon avec la main en visière (ça et l'ASOS de Winslow nous donnait du lightning in the distance, west throught north-west).

Après une petite heure à Winslow, et "au scrutage" l'impression que les orages se déplaçaient vers le nord-ouest, nous somme repartis, pour y voir plus clair. Au moins pour pouvoir obtenir un ATIS et contacter Albuquerque. Il s'est avéré que Flagstaff était effectivement libéré de l'orage, et nous avons pu le rejoindre en une vingtaine de minutes.

Flagstaff au retour. C'est toujours pas grand soleil.

Encore une fois, un vol stressant, mais formateur. Le choix du déroutement, s'il n'est jamais une mauvaise décision, n'est pourtant jamais facile.

Malgré le retard, nous avons pu profiter de la fin de la journée au sol, en visitant Sunset Crater et Wupatki National Monument. Sous la pluie.


Sunset Crater plus tard dans la journée. D'autres orages grondent au loin.