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Interception au-dessus de l'Alaska

1 er août 1989. C'est la toute fin de la guerre froide. Quelque part en Alaska, des radars de défense US ont détecté deu...

29 septembre 2009

Far West 2009, 4 juin : de Tofino à Vancouver

Où l'on profite de la beauté sauvage des montagnes de la Colombie Britannique
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090605Fw09CYAZCYYFCYVR
- Tofino Airport (Tofino, British Columbia, Canada)
- Penticton Airport (Penticton, British Columbia, Canada)
- Vancouver International Airport (Vancouver, Bristish Columbia, Canada)



Le sable est jaune pâle, presque blanc, et parsemé de morceaux de bois et d'algues sèches. La plage de Longbeach se déroule en demi cercle autour de nous, entre deux pointes rocheuses couvertes de conifères couchés par le vent marin. Derrière nous, enlacé dans la forêt, il y a le bâtiment principal du lodge où nous venons de prendre le petit déjeuner. Devant, le bleu gris du Pacifique s'étale à perte de vue, la brise le mouchetant d'une multitude de crêtes d'écume. Ici, c'est un paradis de surfeurs. Il y en a partout, des débutants qui, debout sur le sable, apprivoisent leur équilibre, aux chevronnés qui flottent tranquillement dans la crique, à califourchon sur leur planche en attendant la vague.
Vincent filme comme un forcené, tout le monde prend des photos. Certains s'asseyent sur un rondin à l'écorce décolorée et admirent le paysage sauvage, d'autres déambulent sur la plage en appréciant la caresse du vent du large sur leur visages.
C'est vrai qu'ici, on se sent au bout du monde.


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Quelques heures plus tard, nous retrouvons nos avions sur le parking de Tofino. Ils sont sagement alignés sur le gris rugueux du bitume usé, au chaud sous leurs bâches, dominés par les formes sveltes des conifères qui bordent le parking. Pour ajouter à l'effet roots, leurs roues sont calées par de gros cailloux. La nuit précédente, Vincent et Patrick, inquiets du vent violent qui se levait, sont retournés au terrain dans le noir complet et ont installé ces cales de fortune, à tâtons, avec pour seul éclairage les lueurs crues de leurs téléphones portables.


Un avion après l'autre, nous décollons sur le Pacifique et faisons un large virage à droite, au dessus de Longbeach et des forêts vert sombre, pour prendre un cap nord.
Dans le Duchess, c'est Marc-Olivier qui pilote. Nous passons rapidement les montagnes de l'île de Vancouver et traversons le détroit de Géorgie pour nous attaquer au continent. Le montagnes sont encore plus hautes ici, et couvertes d'un épais manteau de neiges éternelles lisse et moelleux. Nous grimpons entre des pics de rochers noirs et escarpés qui jaillissent de la couche de neige, et découvrons le lac Garibaldi. C'est une grande plaque de glace couverte d'une poudre de neige fraiche que le vent sculpte en motifs de dentelle. Habituellement, nous assure Marc-Olivier, la glace est vierge et d'un superbe bleu brillant, magique.


Et nous nous engageons dans les vallées qui vont nous guider sur une vaste boucle jusqu'au lac Okanagan, en contournant une zone de feux de forêt qui est interdite à la navigation aérienne.
Avec notre bimoteur rapide, nous avons un peu d'avance sur les Cessnas, et nous décidons de nous arrêter sur le terrain de Lilloett. Si Tofino était sauvage, Lilloett, c'est vraiment paumé. Une bande de béton pâle légèrement incliné, posé sur un aplat au fond de la vallée, une étape de base impressionnante face à la paroi de rochers et d'arbres, et un parking désert meublé simplement de quelques préfabriqués. Et quand même, une pompe à essence self-serve : nous faisons le plein. Sur la radio portable, nous suivons l'avance de nos camarades, et finalement les entendons passer en bourdonnant loin au dessus de nous, en direction de l'est.
Nous décollons et leur emboitons le pas.


Le vol dans les vallées est magnifique. Marc-Olivier se fait un plaisir de voler bas, et nous sommes encadrés par les parois massives de rochers et d'arbres serrés. Nous survolons des petits villages blottis au pied de l'adret, des routes étroites et sinueuses qui serpentent le long des reliefs, parfois des zones cultivées à irrigation circulaire qui dessinent de larges cercles au multiples teintes vertes sur le fond de la vallée.
Et nous finissons par déboucher sur le long ruban bleu du lac Okanagan, que nous longeons vers le sud en direction de Penticton. L'eau claire du lac est bordée de villas cachées dans les bois, sans doute de sympathique lieux de villégiature les pieds dans l'eau, avec leurs quais privés et leurs petits bateaux de pêche. En vent arrière, nous passons au dessus du petit morceau de terre qui sépare le lac Okanagan du lac Skaha, plus au sud, puis déboulons devant Alex et Georges dans le 88G, les doublant sans vergogne alors qu'ils peaufinaient leur finale à 90 nœuds.
Les autres sont déjà posés.


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A Penticton, nous faisons les pleins des Cessnas pendant qu'un gros CV-580 Airtanker roule sans se presser sur la piste. Nous nous demandons ce qu'il fait, alors qu'il y a des incendies à moins de deux-cent kilomètres de là. Un problème technique ? En tous cas il ne décollera pas.
Nous, en revanche, repartons quelques dizaines de minutes plus tard à destination de Vancouver. Dans le Duchess, c'est Joël qui est aux commandes, et on navigue en IFR, c'est à dire à haute altitude et tout droit. Ça ne nous empêche pas de profiter d'un paysage magnifique qui s'étale sous nos ailes, sommets enneigés colorés par le soleil couchant auxquels se collent des nuages roses et touffus.


Nous sommes à Vancouver en un clin d'œil. CYVR, Vancouver International, étale ses trois immenses pistes et son canevas de taxiways entrelacés au sud de la ville. Une fois encore nous atterrissons sur un gros, un très gros terrain. Une fois posés, nous nous laissons guider par le contrôle vers le FBO, Million-Air, rien que ça. Les Cessnas nous rejoignent un peu plus tard.


Vancouver, c'est à cent nautiques de Tofino dont nous sommes partis ce matin, mais notre grande balade touristique nous a pris la journée. Les rues du centre ville sont baignées par la lumière jaune de lampadaires quand enfin nous nous asseyons dans un restaurant, et pouvons savourer des pintes de bière canadienne bien méritées.


12 septembre 2009

Far West 2009, 4 juin : de Seattle à Tofino

Où l'on visite The Museum of Flight avant de traverser la frontière canadienne
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090604Fw09KBFICYYJCYAZ
- Boeing Field/King County International Airport (Seattle, Washington, USA)
- Victoria International Airport (Victoria, Bristish Columbia, Canada)
- Tofino Airport (Tofino, British Columbia, Canada)


Pour moi, c'est la grosse nouveauté de cette édition 2009 : je monte enfin à bord du Duchess. Ce gros avion, bimoteur, calage variable, train rentrant, me promet de découvrir bien des choses sous la houlette de Marc-Olivier.
Mais pour ce premier vol de la journée, je suis encore en place arrière. Nous décollons de Boeing Field pour entrer au Canada et dédouaner à Victoria International, et c'est Joël qui est au commandes.


Nous avons passé une matinée tranquille. On s'est levé peinards vers neuf heures, et après avoir rallié l'aéroport, nous sommes séparés en deux groupes : d'un coté, Marc-Olivier a emmené Alex et Georges faire des tours de piste ; le reste, dont moi, est allé visiter le Museum of Flight.
Le Museum Of Flight, c'est un musée sympathique avec une belle collection d'avions de toutes sortes, qui se trouve sur le terrain de Boeing Field. En tant que clients de Galvin, le FBO, nous avons droit à des entrées gratuites (nous en profitons pour récupérer des casquettes souvenir), ça serait dommage de s'en priver.
Ça ne vaut pas le Bourget. Il n'y a qu'une seule grande salle, dans laquelle les avions sont présentés un peu en vrac, et d'autres appareils sont exposés à l'extérieur. Mais il y a de fort belles pièces, comme cet immense SR-71 qui écrase le hangar principal de sa présence, ou le massif Tomcat posé devant l'entrée. Il y a aussi de bonnes idées : on peut s'assoir dans un cockpit de F-18, ou suivre le trafic de Boeing Field dans une tour de contrôle factice dont les baies vitrées donnent sur le terrain, et où sont diffusées les communications radio réelles. Nous y suivons, amusés, le 88G qui fait ses tours de pistes, piloté par Alexandre.
Après avoir mangé un morceau et avoir visité la boutique de souvenir, nous rejoignons Galvin et nos avions. Les navs sont prêtes, c'est le départ pour le Canada.

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Il fait un temps superbe, sans nuages. Après le décollage, nous longeons la ville de Seattle en survolant la mer. Nous avons une vue magnifique des gigantesques stades au sud de la cité, puis des immeubles du centre et de la Space Needle au nord. Encore plus loin, il y a les usines Boeing de Paine Field, leurs hangars immenses et leurs parkings remplis d'avions neufs prêts à livrer, peints aux couleurs des diverses compagnies clientes. Il y a aussi, dans un coin, la silhouette difforme du Dreamlifter, le 747 modifié pour le transport des éléments du Boeing 787.
Et derrière, toile de fond omniprésente, il y a les Cascades qui s'étalent vers le nord, dominées par les silhouettes blanches de Glacier Peak et de Mount Baker.


Nous continuons nous aussi vers le nord, au dessus des îles éparses de la baie de Seattle. La visibilité est excellente, et je reconnais le terrain militaire de Whidbey, au milieu de l'île du même nom. Je me rappelle l'horreur du vol de l'année dernière au même endroit, la bataille sous une chape de nuages gris et menaçant, les zigzags entre les îles... Et dire qu'aujourd'hui, par ce temps parfait, je suis avec deux pilotes IFR dans un avion IFR !
Nous contournons la ville de Victoria et rejoignons la finale pour la piste 09. C'est vraiment joli. L'aéroport de Victoria est sur une presqu'île au nord de la ville, entre la mer et les collines. Le vert profond des reliefs boisés contraste avec le bleu immobile du Pacifique. Ici, il y a de petites maisons posées au bord de l'eau, entre les arbres, certaines avec leurs quais où sont amarrés des bateaux de plaisance. Là, les bois viennent jusqu'à la rive et se trempent les pieds dans l'eau, nature sauvage tellement représentative de la Colombie Britannique. Avant le seuil de la piste, il y a un ensemble de quais où sont amarrés des petites embarcations et des hydravions.

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Les douaniers Canadiens sont fort sympathiques. Ils s'occupent des formalités (non, nous n'avons pas d'armes à bord) et tamponnent les passeports. Et nos quatre avions repartent à la queue leu leu vers le transient parking, à l'autre bout du terrain.
On a faim. Enfin, certains plus que d'autres. Marc-Olivier insiste pour que nous allions à pieds dans la petite ville voisine de Sidney, pour y trouver un restaurant. "Pas plus d'un kilomètre !" nous assure-t-il avec un grand sourire. En fait, un kilomètre Marc-Olivier fait un peu plus qu'un statute mile, c'est à dire presque deux kilomètres sous un soleil de plomb, avec en bonus la traversée à la sauvage d'une grosse quatre voies. Mais il faut admettre que le repas (et surtout les verres d'eau) est revigorant.
Pour retourner à l'aéroport, certains flemmards (dont moi) prendront un taxi.

Étape suivante, Tofino, un vieux terrain hérité de la seconde guerre mondiale, perdu au fin fond de l'île de Vancouver. Cette fois, je suis aux commandes du Duchess. C'est un premier vol d'instruction : au sol, Marc-Olivier s'occupe encore de la plupart des actions pour le démarrage et les essais moteur, en m'expliquant ce qu'il fait. Il me laisse en revanche faire rouler la bête, et j'apprends doucement à jouer des deux manettes des gaz pour donner plus de puissance à l'extérieur des virages, et ainsi l'aider à tourner.
Le décollage n'est pas trop dépaysant, si ce n'est qu'il faut penser à vérifier la montée après la rotation (un - variomètre ; deux - altimètre) et à rentrer le train.
Nous suivons le large bras de mer entre l'île de Vancouver et le continent, puis obliquons vers le sud au dessus des montagnes couronnées de neige. En croisière, c'est plus calme. Marc-Olivier prend le temps de me montrer quelques particularités : réglage du mélange, synchronisation à l'oreille de la vitesse des hélices...

Mais à 180 nœuds, on arrive vite, et il faut déjà préparer l'approche. Je mets l'avion en descente, et toujours sur les explications de Marc-Olivier, sors le train pour ralentir le bolide. On vérifie dans le petit miroir monté sur le carénage du moteur gauche que la roue avant est bien sortie et verrouillée. Moment émouvant : je suis au commandes d'un avion, avec "trois vertes" sur le tableau de bord.


Tofino est là, au bord du Pacifique, la lumière dorée de la fin de journée qui se reflète dans l'océan lui donnant des teintes orangées. Il y a des pistes dans tous les sens, héritage du passé militaire de ce terrain, et nous avons un peu de mal à trouver la bonne. Je tourne en finale au dessus de Longbeach et des denses forêts de conifères qui bordent la plage. Le soleil couchant nous éclaire par derrière, nous offrant une vue magnifique des sommets qui tapissent l'horizon. La vitesse, un peu de gaz, le plan, trop haut, moins de gaz... Je suis très concentré, mais finalement, ça n'est pas beaucoup plus dur à poser qu'un Robin ou un Cessna. Enfin, je crois que j'arrive un peu vite quand même, rien de grave. Le contact des roues sur le bitume usé de Tofino est vraiment satisfaisant.

"Vous allez voir, Tofino, c'est le bout du monde" nous avait annoncé Marc-Olivier. Effectivement, à part une cabane à la peinture passée et un vieux Cessna, il n'y a rien. Ça change des FBO, on se croirait presque en France.
Un taxi nous emmène par petits groupes jusqu'au gîte, un quart d'heure de trajet sur une route sinueuse bordée d'arbres immenses, et nous prenons nos quartiers pour la nuit dans de superbes bungalows (il y a même des jacuzzis !). Encore une fois, quel dommage que ça ne soit que pour une nuit !

Dans les Alpes - 2/2


3 août 2009 ; "ces pics qui, dans le vent, lâchent leur écharpe de neige"


Derechef, je suis au club-house à Chambéry, en pleine discussion avec un pilote local. Un instructeur cette fois, qui m'informe patiemment sur la méthode et la manière pour faire un tour du Mont-Blanc réussi. Selon lui, remonter dans la Vallée Blanche aujourd'hui ne devrait pas poser de problèmes particuliers. Je profite également de la connexion internet du club pour sortir une dernière vérification météo : vent du nord, assez faible, excellente visibilité, et un plafond scattered de gros cumulus blanc et joufflus.
Je ressors sur le parking, et enfile mes lunettes de soleil. Stéphane et Steupa m'attendent sur le parking, dans la lumière aveuglante de ce début d'après midi.


Tous les trois, nous avons quitté le village montagnard de Valloire dans la fidèle Clio de Steupa aux alentours de onze heures trente, laissant le reste de nos amis vaquer à diverses occupations. Une partie d'entre est allé faire du parapente. Ah, si j'avais eu le temps, j'y serais bien allé avec eux !
Nous n'avions pas internet dans le chalet, et mes informations météo provenaient uniquement des connexions 3G présentes sur les téléphones de presque tout le monde. Pas très précis, mais au vu du beau temps généralisé sur toute la France ce jour là, j'avais estimé ça suffisant. Je suis quand même content d'avoir pu utiliser l'ordinateur du club en arrivant à Chambéry : c'est rassurant d'avoir une météo aéronautique complète avant de décoller.

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"Kilo-Golf, roulez pour le point d'arrêt 36 et rappelez prêt."
Ce n'est pas Cécile aujourd'hui. Je pousse un peu de gaz et le Robin s'ébranle sur le taxiway. A notre droite, un superbe Falcon suisse atterrit, le rugissement de ses réacteurs noyé par le bruit de mon moteur. On arrive au point d'arrêt, j'effectue le run-up, briefing décollage, et nous voilà prêts au départ.
"Chambéry, Kilo-Golf, prêt au point d'arrêt 36.
- Kilo-Golf, autorisé décollage 36, vous rappelez Novembre-Echo avant de passer sur la fréquence montagne pour votre tour du Mont-Blanc."
Echo-Alpha, c'est quoi ça... A tâtons, j'extraie la VAC du vide poches et, avec l'aide de Stéphane, identifie le point de report. Il est au nord du terrain, complétement à l'opposé du départ que j'avais prévu. Ce n'est pas grave : on va rejoindre la route prévue en passant par le lac d'Annecy au lieu de passer par le sud en survolant Chambéry.

Pleins gaz, puissance ok, badin actif, pas d'alarmes...
Pendant que l'avion accélère sur le bitume strié d'impacts de pneus, je me répète silencieusement les actions, comme une prière. Cent kilomètres heure, rotation. Les roues quittent le sol au tiers de la piste. L'avertisseur de décrochage bipe doucement, et je fait un palier à quelques mètres du sol, le temps que la vitesse augmente. Sur notre droite défilent la tour de contrôle, le terminal, et le Falcon qui est en train de se garer. Puis nous débouchons au dessus de l'eau bleue du lac du Bourget, nous élevant rapidement entre les falaises qui l'encadrent. J'oblique tranquillement vers l'est et suis l'autoroute d'Annecy qui doit nous mener sur Echo-Alpha. Au dessus, les nuages sont assez serrés. C'est joli, mais je cherche surtout le trou par lequel je vais pouvoir passer au dessus.
"Chambéry, Kilo-Golf. On arrive sur Echo-Alpha, 3200 pieds en montée vers 12500, pour quitter.
- Kilo-Golf, vous pouvez quitter. Gardez le code transpondeur et passez sur montagne 130.0."


Je switche la fréquence sur la radio 2, et répète ma position. Nous passons dans un gros trou, entre les hautes masses cotonneuses de deux cumulus, et continuons à grimper au dessus des nuages. Au loin, on aperçoit déjà le sommet du Mont-Blanc qui dépasse de la couche inégale. Les nuages sont épars, mais assez nombreux, et avec la perspective on dirait presque qu'on est on top d'un bel overcast. Nous tournons à droite au dessus du lac d'Annecy, et nous engageons dans la vallée en direction de Chamonix. Vu de cette hauteur, l'étendue d'eau est d'un bleu un peu laiteux, parfaitement lisse. On dirait une bâche en plastique posée bien à plat sur le patchwork de champs, de bois et de villages, au pied des montagnes. Je profite d'ête au dessus d'un point facile à nommer pour indiquer ma position et mon altitude sur la fréquence montagne.


On monte toujours plein gaz, et j'affine le réglage du mélange pour obtenir le maximum de puissance. L'aiguille du variomètre s'essouffle malgré tout, le moteur peinant à tirer le poids de l'avion dans l'atmosphère raréfiée. On passe 10000 pieds. Les nuages sont maintenant loin sous les ailes ; les reliefs en revanche sont toujours omniprésents, et s'élèvent aussi vite que nous.
Juste devant, le massif du Mont-Blanc encombre tout l'horizon, une gigantesque muraille de rochers enneigés. Des glaciers s'écoulent de ses flancs, gris et un peu tristes, tels d'immenses larmes gelées sur les pentes de la montagne. Ils ont tous un nom, mais je n'en rappelle aucun.

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En palier à environ 12500 pieds, nous passons sous la forme arrondie du sommet du Mont-Blanc. Pas d'écharpe de neige cette fois, à peine un halo translucide de cristaux gelés qui dansent dans l'air calme. Stéphane remarque une cordée d'alpinistes qui escalade lentement la pente, minuscules points noirs qui contrastent sur le blanc de la couche de neiges éternelles.
Un peu plus loin, moins élevés, une série de pics de rochers nus et déchiquetés qui surplombent des falaises vertigineuses. Elle plongent directement au fond de la vallée, jusqu'à Chamonix, trop escarpées pour que la neige puisse y tenir. Nous tournons à droite, à cent quatre-vingt degrés autour d'une arête acérée, pour nous engager dans la Vallée Blanche.


Le spectacle est imposant, majestueux, hors du temps. Le vénérable glacier, immobile, remonte là pente, sa texture ondulée de plus en plus blanche en s'éloignant de la vallée. A mi-hauteur, il se sépare en deux parties autour de l'aiguille du Tacul, comme une rivière se brisant sur un îlot : à droite vers la Vallée Blanche ; à gauche vers la frontière italienne. La rangée de pics bruns est maintenant sur notre droite, encadrant l'Aiguille du Midi. Au somment de cette flèche de pierre, on distingue les bâtiments du téléphérique et leurs balcons chargés de badauds. Derrière, la vallée est tapissée de nuages, et tout cet assemblage semble flotter sur un coussin immaculé.


Nous faisons un tour du cirque rocheux, traversant les vastes ombres de sommets dont j'ignore les noms. Au nord, un énorme bloc de glace semble tenir par magie contre une paroi, attendant d'être alourdi par les prochaine chutes neige pour s'effondrer. A l'est, les montagnes plongent dans la vallée et c'est l'Italie, bassin de nuages duquel émergent d'autres hauts sommets. Au plus haut de la Vallée Blanche, blotti dans la couche de neige, un camp d'alpinistes, alignement de tentes minuscules, et quelques piétons qui avancent doucement. Nous passons juste au dessus d'eux, les saluant en faisant glisser l'ombre de l'avion sur la froide surface blanche. Ils doivent probablement maudire ces pilotes qui viennent ruiner le silence ancestral de leurs montagne, mais peu importe : nous planons.


Nous passons entre l'Aiguille du Midi et le Mont-Blanc, et nous retrouvons dans la vallée de Chamonix, au dessus du tapis de cumulus. Ça fait une heure que nous volons, et personne ne l'a vue passer. Cap au sud, il faut penser à rentrer.

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Mais l'avion à largement quatre heures et demi d'autonomie. Et mes passagers en redemandent. Nous sommes tous d'accord pour faire un dernier détour avant de rentrer.
Nous retrouvons l'autoroute par laquelle nous sommes descendus à Chambéry ce matin, et la suivons pour remonter la vallée de la Maurienne. Objectif : trouver Valloire. Steupa s'amuse à identifier les stations de ski qui son éparpillées dans le paysage, horribles tâches grises d'immeubles bétonnés au milieu de la nature sauvage. On passe Saint-Jean de Maurienne, et Saint-Michel. Et là, à droite, perché sur le flanc de la montagne, c'est Valloire. Aucune tour de béton ici, seulement un amalgame de petites maisons blotties les unes contres les autres, isolées au milieu de l'immensité.


Malheureusement, impossible de s'approcher plus, le village est en plein dans une zone militaire restreinte et j'ignore si elle est active. Ça m'apprendra à préparer mes vols ! Stéphane prend quelques photos avec le téléobjectif : nous pourrons peut-être retrouver le chalet des vacances en les regardant au calme.


Cette fois-ci, on rentre.

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Je remplis le carnet de route. Presque deux heures de vol. Elles sont passées comme dans un rêve, pour moi comme pour mes passagers. Stéphane est descendu et nous prend en photo.
Puis je fais le plein. L'instructeur qui m'avait donné des conseils le matin passe sur le tarmac et me demande comment ça s'est passé. Nos grands sourire sont sans doute la meilleure réponse.
On discute gaiment, on se remémore les souvenirs tout neufs que nous venons d'emmagasiner. Puis on se dit au revoir, et Stéphane et Steupa remontent dans la voiture pour remonter à Valloire. Il leur reste encore une belle semaine de vacances pour profiter des Alpes.


Moi, je rentre à Paris : encore quelques trois heures de vol à écouter des MP3 dans le Zulu, à soigner ma navigation, et à profiter de la France vue du ciel.
Encore plein de beaux souvenirs.