31 août 2009

Dans les Alpes - 1/2


3 août 2009 ; arrivée à Chambéry


"Lyon, de Foxtrot-Kilo-Golf, j'arrive en sortie de zone, je souhaiterais quitter la fréquence pour passer avec Chambéry.
- Kilo-Golf, Lyon, 7000 au transpondeur, Chambéry sur 123.7, au revoir."
Les contreforts des Alpes se dressent peu à peu autour de moi. Au loin, au delà du ruban bleu du Rhône, et encore caché par les reliefs boisés, je sais qu'il y a le lac du Bourget, et au bout du lac l'aéroport de Chambéry, ma destination.

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Deux jours plus tôt, le samedi, je décollais de Saint-Cyr à bord d'un DR-48, F-GLKG, embarquant alors pour le plus long voyage solo de ma courte carrière de pilote.
Évidemment, c'est peu de choses à coté des mes précédentes aventures dans l'ouest américain. Mais cette fois ci, pas de Marc-Olivier pour m'aider à préparer la navigation, ni de Vincent en co-pilote pour m'aider à gérer le vol. Je suis vraiment tout seul, commandant de bord, pour quatre jours et quelques mille kilomètres allez-retour sans compter les promenades locales.
La semaine précédente, j'ai soigneusement préparé mes navigations, en notant toutes les fréquences, les temps d'entrées et de sorties des zones contrôlées, les altitudes de sécurité, les orientations magnétiques des pistes, l'altitude des terrains... Comme le jour du test PPL.


Ma première étape a été Auxerre, où j'ai retrouvé ma famille pour fêter les noces de diamant de mes grands-parents. Entre petits fours, coupes de Champagne et bon vin, j'ai trouvé un moment pour emmener mon frère, sa copine et mon cousin survoler la Puisaye. Grâce à Nicolas, mon frère, qui connait bien la région, nous avons pu admirer quelques perles dissimulées au milieu des étendues de champs monotones : la reconstitution de chantier médiéval de Guédelon, perdue au milieu de la forêt ; la grande basilique de Vézelay, perchée sur sa colline et dominant le village éponyme ; les murs massifs et carrés du château de Druyes...
Dimanche, des passages orageux entre Chalons et Mâcon m'ont obligé à retarder mon départ d'Auxerre. Je suis donc reparti lundi en début d'après midi pour rallier Chambéry, où je vais retrouver un groupe d'amis qui ont loué un chalet dans la station de ski de Valloire pour passer quelques jours à la montagne.



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La navigation a été très propre, très satisfaisante. Les contacts radios ont été concis mais complets, j'ai toujours su donner ma position avec précision (merci le GPS), mes trajectoires ont été à peu près rectilignes et mon altitude correctement maintenue. J'ai un agréable sentiment de travail bien fait. En plus, j'ai profité pleinement de mon nouveau casque Zulu (acheté en juin à San Diego). Non seulement il m'a gratifié d'un son excellent et d'une parfaite isolation phonique, mais j'y ai aussi connecté mon baladeur MP3 et le vol s'est déroulé en musique, les paysages plats et verdoyants du centre de la France s'écoulant paisiblement sous mes ailes au rythme du Black Album de Metallica ou d'un best of de Queen.

Retour au lundi. J'arrive à Chambéry après pas loin de deux heures de vol. Après avoir quitté Lyon, je règle 123.7 sur la radio 2 (la 1 ne fonctionne pas très bien) et je contacte l'approche. La contrôleuse (elle a une voix charmante) me donne un code transpondeur et me demande de transiter par Novembre et Echo-Alpha. J'attrape la carte VAC de Chambéry et cherche les points en question : ils vont me faire longer la rive est du lac du Bourget pour rejoindre l'aéroport qui est tout au sud. Je collationne, et j'obtempère en laissant mon altitude diminuer tranquillement. Autour de moi, les reliefs s'élèvent, me dominent de leurs flancs massifs couverts de forêts de conifères. En contournant une imposante falaise grise, je débouche sur le lac, et sur le point Novembre. Au dessus, le ciel est encombré de gros cumulus blancs qui s'effilochent contre les sommets des montagnes. La surface du lac, scintillante dans les rayons obliques du soleil de fin d'après midi, est tachée par leurs ombres mouvantes. De petites embarcations de loisir dérangent la surface, zébrant le miroir bleu de longues arabesques d'écume blanche. Je plane.
A ma gauche, presque sous l'avion, la rive porte un bout de la ville d'Aix-les-Bains, entassement de petites villas blotties contre les eaux du lac. A un endroit, la route qui longe la rive oblique franchement vers l'ouest avant de repartir vers le sud. Je confirme avec la carte VAC : c'est le point Echo-Alpha.
"Chambéry, Foxtrot-Kilo-Golf, je passe Echo-Alpha, 2400 pieds en descente vers 1800.
- Reçu Kilo-Golf. Vous avez visuel du terrain ?
- Affirme, KG.
- KG, rejoignez une vent-arrière main droite pour la piste 36. Rappelez travers tour."


Je m'intègre en vent arrière et prépare l'avion pour l'atterrissage : pompe à essence, réservoir, mixture, volets... Pendant ce temps, ça parle toujours à la radio. Un vol militaire, indicatif Ramex 5, souhaite faire un passage bas sur la piste de Chambéry, à contre QFU.
"Ok Rameau 5, rappelez Whisky-Alpha," répond la contrôleuse. Le pilote militaire s'indigne : "Pas Rameau madame, c'est Ramex, R-A-M-E-X. Ramex 5.
- Ah, Ramex, d'accord. J'aimais bien Rameau moi, c'était joli."
La contrôleuse est d'humeur taquine, mais les militaires ne sont pas des poètes : "Oh mais Ramex, c'est bien aussi."
Les militaires sont aussi des dragueurs, et il ajoute : "Et toi c'est quoi ton petit nom ?
- Cécile.
- Ça marche Cécile, on rappelle Whisky-Alpha."

Je rigole tout seul dans mon cockpit, on ne s'ennuie pas à Chambéry. Mais avec tout ça, j'arrive en fin de vent-arrière. Je rappelle Cécile et le lui dit :
"Kilo-Golf, fin de vent-arrière 36.
- Kilo-Golf, numéro un, rappelez finale 36."
Je vérifie encore les paramètres, et je tourne en base puis en finale au dessus des bâtiments commerciaux de Villarcher (c'est marqué sur la VAC). La piste de Chambéry est une longue bande de bitume qui se termine dans le lac, avec un PAPI paresseux qui est difficilement lisible dans la lumière de fin de journée. Pleins volets, finale stabilisée, je contrôle la vitesse aux gaz. Il n'y a quasiment pas de vent, ce que confirme Cécile : "Kilo-Golf, autorisé atterrissage 36, vent calme."
Arrondi, et je touche le sol en douceur. Je libère la piste par le taxiway Charlie puis, après y avoir été autorisé, je roule vers le parking aviation générale, en longeant la piste vers le sud.
Avec la voix assurée du pilote d'expérience, le militaire se rappelle à nous : "Ramex 5, Whisky-Alpha, pour un passage bas dans trente secondes."
La contrôleuse les autorise, et quelques instants plus tard, alors que je cahote lentement sur le taxiway pour rejoindre la pompe de 100LL, deux Mirage 2000 peints en bleu clair défilent au dessus du terrain, dans un bruit de tonnerre, un peu à droite de la piste et inclinés sur l'aile gauche, vers moi, comme pour me saluer. Je sais bien qu'en fait ils saluent Cécile, mais c'est pas grave, j'apprécie ce moment de grâce. Cà ne dure qu'un court instant et déjà, ils sont repartis vers le sud, cabrant pour reprendre de l'altitude, deux petits points noirs brillants qui disparaissent rapidement dans les nuages touffus. Dans le casque, j'ai Into The Fire, bande originale des Chevaliers du Ciel.

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Le Coca fait un sacré bien. J'avais vraiment soif.
J'ai fait les pleins, et garé l'avion. En attendant mon taxi qui arrive de Valloire (Steupa et Nico viennent me chercher gentiment, m'évitant ainsi de devoir louer une voiture), je me rafraichis au club-house d'un aéroclub local. J'en profite pour discuter avec le pilote de permanence, qui me renseigne sur la marche à suivre pour voler dans le coin. Je prends note mentalement de ses bons conseils.
Demain, je vais aller toucher le Mont-Blanc.

3 commentaires:

  1. Très beau récit ! On y est vraiment... et c'est toujours sympa de voir des 2000.

    Si c'était un monoplace c'était un 2000C ou 5F, si c'était un biplace c'était un 2000B.

    Clément.

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  2. Ah je dois admettre que je n'ai pas pu déterminer le type exact. Déjà que je m'attendais à un Transall (j'en avais vu un qui tournait au dessus d'Auxerre avant de partir), c'était une bonne surprise.
    Je suis juste à peu près sûr que c'était des monplaces.

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  3. Bonjour

    Merci pour ce sympathique récit :)

    "Ramex", c'est en toute logique des Mirage 2000N (biplaces, camo "européen" sur le dos, uni beige sur l'intrados) du 3/4 "Limousin" basé à Istres.

    C.

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