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Interception au-dessus de l'Alaska

1 er août 1989. C'est la toute fin de la guerre froide. Quelque part en Alaska, des radars de défense US ont détecté deu...

8 octobre 2008

Le Mont-Blanc

Note : il m'a fallu un an pour me motiver à écrire le récit de ce vol qui à ce jour n'a été éclipsé que par le récent voyage aux USA. Cà date donc bien de septembre 2007, et c'était génial !


Septembre 2007

Chaque été, l'aéroclub des Alcyons entretient une sympathique tradition : les voyages écoles. Ce sont des vols assez longs auxquels participent de nombreuses personnes, ce qui permet d'en diluer le coût, mais surtout de leurs conférer une ambiance conviviale très encourageante.
Parfois, il s'agit d'aller mettre les pieds dans l'eau au bord de l'océan, parfois de déjeuner sur la terrasse d'un restaurant Périgourdin, ou encore de franchir la Manche pour aller saluer (en anglais aéronautique) les pilotes Grand-Bretons.
En ce mercredi de septembre, le plan était d'aller virevolter à haute altitude autour du sommet des Alpes : le Mont-Blanc.
La destination, prestigieuse, a attiré de nombreux volontaires, pilotes brevetés aussi bien qu'élèves, dont la plupart voleront en compagnie d'un instructeur. Au total sept ou huit avions (le nombre exact m'échappe) vont fuir la pollution Parisienne pour atteindre les sommets enneigés des Alpes. Le périple est assez long, il sera donc divisé en quatre étapes : de St Cyr à Chalon, puis de Chalon à Challes-les-Eaux, ensuite on effleure le Mont-Blanc et on revient sur Dole, pour enfin rentrer à St Cyr.

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Le rendez-vous au club-house est donné à 6h00 Zulu, soit 8h00 locales - ce qui est très tôt pour un adepte de la grasse-mat', mais le jeu en vaut la chandelle ! - et après avoir attendu quelques retardataires, analysé la météo, consulté les NOTAMS, fait les pleins des avions, avalé un petit déj'... notre petite flottille décolle vers un ciel sans nuages aux alentours de 9h30. Locales.

Avec Stéphane, mon instructeur, et un autre élève, nous voyageons à bord de X-Ray-Hotel (F-GUXH - un robin DR46). Je ne pilote pas durant la première branche, et, appareil photo à portée de la main, je profite oisivement du survol des plaines de Bourgogne. A l'approche de Chalon, le terrain commence à se vallonner, et quelques cumulus joufflus parsèment l'azur.
Nous ne nous attardons pas à Chalon : le temps de faire le plein et je prends les commandes pour attaquer les contreforts des Alpes.

Peu à peu le terrain s'élève en groupes de collines de plus en plus hautes jusqu'à devenir de vraies montagnes dont la masse écrase les villes et villages qui émaillent le paysage. Déjà, on devine le Lac du Bourget qui scintille derrière une grande barre rocheuse. J'avais prévu de contourner ces montagnes pour attaquer le lac par le nord, mais Stéphane, qui connait les environs, me recommande plutôt de passer par le Col du Chat, une ouverture étroite qui coupe la barre escarpée en son centre. Je suis ses indications et, pleins gaz, XH s'engouffre dans l'ombre gigantesque des falaises... et débouche un instant plus tard en plein soleil, minuscule étincelle au dessus d'un paysage époustouflant.
La surface étincelante du lac, tout en longueur, se présente perpendiculairement à nous, ou plutôt sous nous car après le col que nous venons de passer la montagne chute vertigineusement jusqu'à l'eau, 300 mètres plus bas. A notre droite, la ville de Chambéry est nichée au fond de la vallée, une tâche de gris béton coincée entre le vert profond de la campagne estivale et le saphir brillant du lac. Tout autour, l'horizon est chargé des sommets des Alpes sur lesquels s'effilochent paresseusement des cumulus cotonneux.
On dit que quand on a gouté au vol en montagne, on y devient accro. Je peux comprendre !

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Quelques minutes plus tard, après avoir transité au dessus du terrain de Chambéry-Aix-les-Bains, nous nous posons à Challes-les-Eaux.

Il y a pas mal de vent à Challes, et nous profitons d'un pique-nique bien mérité à l'abri des avions, entourés par la masse rassurante des montagnes. On raconte son vol, on imagine l'ascension du Mont-Blanc... On téléphone à sa famille, ou on fume une cigarette.

On observe les planeurs aussi. Ils ne sont pas tractés par un avion, mais lancés par un treuil placé en bout de piste : le câble est enroulé rapidement, trainant l'aéronef sur la piste d'où il ne tarde pas à décoller et, profitant de l'aérologie des reliefs environnants, s'élève silencieusement au dessus du terrain. Le câble, freiné par un petit parachute, revient doucement au sol et une étrange guimbarde à damier rouge et blanc le ramène pour planeur suivant.


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Départ de Challes. J'ai laissé les commandes de l'avion pour reprendre l'appareil photo.
Nous sommes les derniers à décoller, et nous regardons nos compagnons de voyage s'envoler les uns après les autres avant de nous élancer à notre tour.

Nous entamons la remontée de la vallée. Et remonter est le terme exact, car nous partons d'une altitude d'environ 2 000 pieds au dessus de Challes-les-Eaux pour culminer vers 11 000 pieds à Chamonix. Et tout au long de cette ascension, les montagnes nous accompagnent.
Sur la fréquence montagne, c'est à qui ira le plus haut. Les annonces d'altitude fusent : 11 000 pieds, 12 000 pieds, et même un record un peu au dessus de 13 000 pieds.
Avec notre 160 cv, nous peinons à atteindre 11 500 pieds en arrivant travers du Mont-Blanc.

Le sommet est visible de loin, le vent soulève les neiges éternelles en une traîne de cristaux blancs étincelants. Nous survolons des glaciers à moitié fondus, grisâtres, tristes témoins du réchauffement planétaire. Nous contournons le téléphérique de l'Aiguille du Midi, minuscule cabine suspendue contre la masse noire du pic escarpé. Je prends des photos.
Et nous entrons dans la Mer de Glace. Le grand glacier, encastré derrière le sommet du Mont-Blanc, semble lui aussi avoir souffert de la chaleur estivale, mais le spectacle n'en reste pas moins imposant. La glace semble vraiment couler au fond d'un étroit corridor, et je ne peut m'empêcher de me demander comment nous allons pouvoir faire demi-tour. Mais l'immensité du décor est trompeuse, et en réalité il y a amplement la place pour un gentil 360°.

"Attention, il y a de très grosses turbulences en sortant de la Mer de Glace !" entendons-nous sur la fréquence montagne.
Et en effet, en quittant le défilé, le vent qui remonte le long de la falaise secoue violemment notre brave DR-46 par trois fois. A ce jour, ce sont les secousses les plus fortes que j'ai connues en avion. C'est comme si nous étions passés en voiture sur un ralentisseur , justement sans ralentir.
Je me cogne la tête dans le plafond et je vois toujours l'image figée de mes affaires, appareil photo, kneeboard, stylos... suspendus en l'air à hauteur de regard. Impressionnant, mais sans gravité.

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Nous continuons notre route.
Je fatigue (en fait, tout le monde fatigue, la journée a été longue déjà), et j'ai une grosse bosse sur le crâne. Ce qui ne m'empêche pas d'être heureux.


Nous survolons le lac Léman coté nord. Il s'étend à perte de vue en direction de Genève. Excepté les communications avec les contrôleurs Suisses, le cockpit est silencieux. Peu à peu, le paysage autour de nous s'aplatit, les montagne laissant place aux collines puis aux plaines.
Nous ne sommes pas mécontents, en arrivant à Dôle, de pouvoir descendre de l'avion et nous dégourdir un peu les jambes. Un pompier qui fait office de pompiste fait le plein de notre XH avec le sourire, bien qu'il ait du s'occuper avant des sept autres avions de notre armada Alcyonnaise.

Et je reprends les commandes pour le retour vers St Cyr, sans histoires et bien monotone après la beauté grandiose des Alpes.