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Interception au-dessus de l'Alaska

1 er août 1989. C'est la toute fin de la guerre froide. Quelque part en Alaska, des radars de défense US ont détecté deu...

14 avril 2011

Far West 2009, 11 juin : de Sedona à San Diego

Où l'on survole le désert interminable pour rejoindre les nuages de la côte Pacifique
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090611Fw09KSEZKIFPKMYF

- Sedona Airport (Sedona, Arizona, USA)
- Laughlin/Bullhead International Airport (Bullhead City, Arizona, USA)
- Montgomery Field Airport (San Diego, California, USA)


Décidément, ces matinées printanières dans le sud-ouest américain sont bien agréables.
Attablé dans le parc de l’hôtel/spa à Sedona, au bord d’un petit étang ensoleillé où pataugent quelques canards, je dissipe les dernières brumes de mon mal de crâne en sirotant un café.

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La soirée d’hier s’est terminée de manière chaotique.
Pendant que la nuit s’étendait peu à peu entre les falaises de grès rouge, nous avons fini de vider les pichets de bière à la terrasse du restaurant de l’aéroport. Toujours sans nouvelles de Vincent qui était descendu à l’hôtel avec Bertrand dans l’unique voiture de location, et devait revenir nous chercher, nous avons décidé de partir à pied à sa rencontre.
Traînant nos bagages derrière nous, nous sommes passés devant le parking du Sky Ranch Lodge, et avons entamé la descente d’Airport Road - la route bien nommée qui relie l’aéroport à la vallée. C’est seulement une centaine de mètres après les derniers lampadaires que nous avons réalisé qu’il y avait une faille dans le plan : avec un croissant de lune encore masqué derrière les hauteurs, la nuit était d’encre sur cette petite route en lacets qui surplombait les lumières lointaines de la ville de Sedona. Nous avons du continuer à avancer à pas prudents, les petites roulettes de nos valises raclant dans les gravillons de goudron. Encore deux kilomètres avant d’arriver en bas.
Finalement, Vincent est arrivé avant qu’on en ait fait la moitié, manquant nous écraser en nous distinguant au dernier moment dans l’obscurité. Nous nous sommes empilés dans la berline, quatre sur la banquette arrière, deux sur le siège passager, et le dernier dans le coffre, et nous sommes partis, hilares, jusqu’à l’hôtel. Je pense que Vincent a eu l’impression de conduire un bus scolaire, surtout lorsqu’il a garé la voiture, quand le passager du coffre a décidé de faire le radar de recul à la bouche.

Une fois une chambre choisie et mes bagages abandonnés au pied du lit, je me suis écroulé dans un sommeil qui m’a emporté d’une traite jusqu’au matin.

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La matinée déjà bien entamée, nous terminons notre petit déjeuner à la même table que la veille, au restaurant de l’aéroport, les cartes, ordinateurs portables et GPS étalés au milieu des pots de café, des verres de jus d’orange et des assiettes de pancakes.
Aujourd’hui, nous rentrons à San Diego, bouclons la grande boucle que nous avons commencée dix jours auparavant. 300 milles nautiques, presque tout droit, sans rien de notable à survoler. Nous choisissons Laughlin/Bullhead comme terrain intermédiaire. Plus tard, nous découvrirons que le gros bourg de Bullhead, perdu au bord de la Colorado River à l'extrême ouest de l’Arizona, est encore un de ces mini-Vegas qui vivent principalement de l’activité des casinos. Mais nous le choisissons un peu au hasard, juste parce qu’il est au milieu de la route. De toutes façons nous n’en verrons que l’aéroport.


Les trois Cessnas décollent l’un après l’autre de Sedona, les photographes se retournant pour attraper quelques dernières images de cette piste insolite perchée en haut de sa colline. Les ondulations de terre rouge sont piquetées de tâches vertes, arbres et arbustes séchés par le soleil, et tout autour les falaises crénelées jaillissent de la vallée, dominant le paysage de leur façade orangées.
Equipages standards pour la première branche. Vincent pilote N4975F, je suis à droite. On oblique vers la droite, vers l’ouest, et Vincent demande le flight following. C’est parti pour deux heures de désert monotone. On s’ennuie un peu : sans doute la lassitude après dix jours de vol aux USA, et aussi un coté blasé. Après avoir vu la baie de San Francisco, les montagnes canadiennes, les casinos de Las Vegas, le Grand Canyon, Monument Valley... Les hautes terres désertiques, grises et uniformes, paraissent bien fades.


Nous rattrapons N487SP et Vincent nous offre un peu de vol en formation, l’occasion de faire encore des photos, et des souvenirs. Nous avons une courte discussion sur 123.45 pour décider s’iil est possible de traverser la Bagdad MOA, une Military Operation Area en plein sur notre route (ça a un goût de déjà vu, la réponse est que les MOA sont pénétrables aux VFR, comme Marc-Olivier nous l’a répété une bonne dizaine de fois en 2008), puis nous le dépassons et continuons tout droit vers Laughlin.


“Cessna four-niner-seven-fife-papa, runway 16, cleared to land.
- I really insist, it’s seven-fife-foxtrot !”
Ca doit être l’accent français. Depuis que nous sommes en contact avec le contrôleur de Laughlin, il s’entête à nous appeller 75P au lieu de 75F. Vincent finit par lui faire comprendre l’indicatif correct seulement quand nous tournons en finale.
Comme prévu, il n’y a pas grand chose à voir. Nous nous garons sur un grand parking de bitume noir qui s’étend au pied d’un long talus d’où nous domine la tour de contrôle. A l’autre bout de ce parking qui cuit dans la chaleur étouffante de la mi-journée, sous un ciel d’un bleu éblouissant, les locaux agréablement climatisés du FBO nous paraissent bien accueillants.
Avant de repartir, nous révisons la suite du voyage, nous relaxons dans les larges fauteuils en cuir et grignotons un morceau de junk food aux distributeurs.


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Changement d’équipages : Vincent a pris les commandes de SP, me laissant commandant à bord de 75F.
Abandonnant Laughlin et Bullhead, et l’eau bleue de la Colorado River, nous quittons l’Arizona et survolons succintement un bout de Nevada avant de retrouver la Californie du sud. Quel que soit l’état, pour l’instant c’est toujours le même désert, et on continue à voler tout droit.

Au bout d’une petite heure, nous passons au nord de la Salton Sea, un grand lac d’un bleu mat proche de Palm Springs, et le désert commence à céder la place à des montagnes couvertes de forêts sombres auxquelles commencent à s’accrocher des écharpes de nuages.


Comme prévu, nous passons au dessus de cette couche morcelée de cumulus le temps de dépasser les hauts reliefs, puis descendons dans un trou en arrivant en vue de la côte Pacifique. Quelque part, ça fait plaisir de revoir des nuages de prêt !
Au dessus de l’océan, les conditions météo sont excellentes, et nous longeons la côte en sens inverse du jour de notre départ, passant sous les zones de Miramar pour intégrer le circuit de Montgomery en passant par le mont Soledad.
On rentre chez nous quoi. En vent-arrière pour la piste 28, on reconnaît les buildings de downtown San Diego à droite, l’autoroute qui serpente vers le sud, et au loin l’aéroport de Lindbergh et la base militaire de North Island. Un fois posés, on retrouve instinctivement la place de parking de notre avion.
Et pour la première fois depuis dix jours, on vide complètement la soute des bagages qui y sont empilés.

On est heureux, mais un petit peu tristes aussi. Ça sent la fin des vacances.