26 août 2009

Far West 2009, 3 juin : de San Francisco à Seattle

Où l'on slalome entre les orages au dessus des volcans des Cascades
- Palo Alto Airport of Santa Clara County (San Jose, CA, USA)
-
Mahlon Sweet Field Airport (Eugene, Oregon, USA)
- Boeing Field/King County International Airport (Seattle, Washington, USA)


Le moteur du 75F toussote et crache péniblement. L'hélice tourne paresseusement, par à-coups, le démarreur électrique peinant à lui faire passer les compressions. Patrick joue de la manette des gaz et de la mixture, redonne une ou deux injections... Las ! Pas moyen de faire démarrer le Cessna. Il coupe les magnétos, retire les clefs et nous descendons sur le tarmac, inquiets.
Nous sommes tous les deux à Palo Alto, où le N4975F a été réparé pendant la nuit. Le reste du groupe a rejoint Reid-Hillview où sont toujours garés les trois autres avions. Aujourd'hui, on doit couvrir du terrain. Beaucoup de terrain : on va rejoindre la frontière Canadienne, en parcourant presque 1200 kilomètres vers le nord au départ de la baie de San Francisco. Enfin, pour ça il faudrait déjà qu'on arrive à démarrer.
Le mécanicien qui s'est occupé de la réparation vient obligeamment jeter un coup d'oeil, et nous annonce que c'est juste la batterie qui est à plat. Il est étonné, il est certains de l'avoir rechargée pendant la nuit, mais bon. Il va chercher son petit véhicule y branche l'avion. La batterie sera chargée dans quarante-cinq minutes. Nous appelons les autres pour leur indiquer notre retard, et patientons sous un ciel bleu où sont éparpillés quelques cumulus blancs.

Quarante cinq minutes plus tard donc, nous voilà de nouveau prêts au départ. Reconnaissants, nous avons laissé un joli pourboire au mécanicien, qui a été très sympathique.
Cette fois ci, 75F démarre au quart de tour, à notre grand soulagement. Quelques minutes plus tard, nous décollons de la piste de Palo Alto.
Comme la veille, nous remontons la baie, mais cette fois pas question de rentrer dans la classe Bravo. Nous opérons un contournement tranquille en longeant la côte Pacifique, ce qui ne nous empêche pas de profiter une nouvelle fois du spectacle : l'aéroport international et son trafic incessant, les hautes tours du centre ville, la surprenante et immense Sutro Tower, puis le Golden Gate et Alcatraz. Et nous disons au revoir à San Francisco avant de nous engager dans la vallée de Nappa, cap au nord.


Plus loin, nous attaquons les contreforts des Cascades. Héraut de la chaîne montagneuse, le mont Shasta est visible sur notre droite, immense et majesteux. Des nuages de plus en plus touffus se rassemblent au dessus du relief, et nous obligent à zigzaguer pour rester VFR. Loin devant nous à bord du Duchess, nous entendons, sur la fréquence du flight following, Marc-Olivier qui négocie un détour dans sa route IFR pour éviter des orages. Un peu plus tard, alors que nous passons Medford, le contrôleur nous recommande de faire une déviation par l'ouest pour rester hors des zones d'orages violents qui secouent les Cascades. Je réponds "Standby..." (c'est Patrick qui pilote, mais je m'occupe de la radio sur ce vol). Nous déplions les cartes et jouons du GPS pour visualiser la déviation qu'il nous a proposée. Effectivement ça parait être une bonne idée, surtout que les nuages en face et à l'est sont menaçants. Je rappelle le flight following et lui fait part de notre décision.
Nous nous éloignons des montagnes et descendons dans la plaine avant de remettre le cap sur Eugene, sous des averses qui crépitent par intermittence sur la verrière.


Nous arrivons les derniers à Eugene. Nos quatre avions semblent un peu perdus au milieu du vaste parking vide. Il n'y a aucun bâtiment de ce coté de l'aéroport, à part la pompe à essence et la cabane en plastique des WC chimiques. Juste le nécessaire pour une étape d'un long trajet : nous faisons les pleins des avions, et les pilotes peuvent s'alléger.

Et en route pour Seattle ; cette fois ci je suis aux commandes. La plaine verte et humide défile sous nos ailes, monotone, et loin à l'est nous essayons de reconnaître les volcans des Cascades : mont Jefferson, mont Hood, mont Saint Helens. L'aéroport international de Portland glisse sous les roues du Cessna, et nous voyons déjà devant nous l'imposant mont Rainier, qui marque à peu près notre destination.
Pour aller nous poser à Boeing Field, nous devons encore jongler avec une classe Bravo, celle de Seattle Tacoma cette fois. Le contrôleur nous demande de rester east of Auburn. Branle-bas de combat, je scrute le GPS, Patrick fouille la carte du regard. Auburn, où cela peut-il être ? C'est Patrick qui trouve, et qui me guide sur la bonne trajectoire. On est pas trop de deux dans cet avion !


Nous atterrissons à Boeing Field sur la 31 Left, la grande piste.
Je retrouve avec plaisir le FBO de Galvin, et les deux voitures de location qui nous attendent sur le parking aviation pour que nous n'ayons pas à trimballer les bagages sur plus de dix mètres. Comme dit Vincent, c'est ça le service FBO !

25 août 2009

Far West 2009, 2 juin : tour de la baie de San Francisco

Où l'on se lève tôt pour faire un vrai Bay Tour, et où le 75F a un problème de démarreur
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090602Fw09KRHVKPAOEtBayTour
- Reid-Hillview Airport of Santa Clara County (San Jose, CA, USA)
- Palo Alto Airport of Santa Clara County
(San Jose, CA, USA)
- Tour de la baie de San Francisco


6h30 du matin. Le téléphone posé sur la table de chevet de la chambre d'hôtel résonne intrusivement à travers les brumes du sommeil. Déjà, je regrette d'avoir demandé ce wake-up call. Mais on est pas venus aux USA pour faire de la grasse matinée. Avec Marc-Olivier, Georges, Patrick, je fais partie des quatre motivés qui ont décidé de se lever tôt pour voler aujourd'hui. Les autres ont préféré profiter d'une journée off pour se promener dans San Fancisco et faire les magasins (il y a une grande boutique Abercrombie sur Market Street).
Nous prenons une voiture et traversons le Bay Bridge pour rejoindre Oakland où est garé le Duchess. La baie est recouverte d'un linceul de brouillard, et les sommets des immeubles sont perdus dans les franges effilochées des nuages. Toujours le june gloom. Mais après notre pause petit déjeuner (pancakes, saucisses, bacon et café bienvenu chez Denny's à Oakland), le soleil commence à nous faire quelques clins d'oeil à travers la couche.
"Ben voilà, c'est VFR !" nous assure Marc-Olivier avec un grand sourire.

Georges et moi rendons la voiture et en louons une autre (pour une histoire de tarifs, de durée de location et de liberté de drop-off du véhicule). Nous rejoignons Reid-Hillview par l'autoroute pendant que Patrick et Marc-Olivier font le trajet en Duchess (en IFR).
Là, Marc-Olivier instructeur fait faire des tours de piste à Patrick (qui a envie de se familiariser un peu mieux avec le Cessna) et Georges (qui n'est pas encore lâché). J'aimerais bien en faire quelques-uns aussi, mais Marc-Olivier me convainc que je peux me lâcher tout seul. Je crois surtout qu'il en a marre de faire des ronds au dessus du terrain et qu'il a envie de faire un peu de tourisme. Mon premier vol en tant que commandant de bord sera donc un saut de puce entre Reid-Hillview et Palo Alto, sur ce bon vieux 75F, et avec l'aide de Patrick. Georges et Marc-Olivier prennent un autre Cessna, le 88G.
Palo Alto est une piste venteuse posée juste au bord de la baie. Nous y déjeunons sous un beau soleil, à la terrasse déserte d'un petit restaurant. Marc-Olivier nous expose ses plans pour la suite de la journée : il veut faire un vrai Bay Tour, avec une verticale de l'aéroport international, à mille pieds en pleine classe Bravo. Nous dénichons un instructeur local qui nous renseigne sur les pratiques habituelles pour ce trajet un peu spécial, et préparons la navigation sous l'aile du 75F. Marc-Olivier est serein, Patrick et moi sommes un peu tendus : ça n'a pas l'air évident. Mais nous sommes prêts.
Tout le monde embarque, et là, pour reprendre une formule célèbre, c'est le drame : 75F refuse de démarrer. Un problème avec le solénoide qui nous oblige à laisser l'avion entre les mains expertes d'une équipe de mécaniciens mexicains forts sympathiques, et à passer plusieurs heures à discuter au téléphone avec le propriétaire et le club pour décider de la marche à suivre.
Finalement, le Cessna déficient reste à Palo Alto pour être réparé, et nous montons tous les quatre dans le 88G pour faire notre Bay Tour.


C'est Georges qui pilote, sous la supervision expérimentée de Marc-Olivier. Nous sommes quatre dans le petit Cessna N9488G à vérifier et contre-vérifier les limites de la classe Bravo, en utilisant les points de repère que nous a donné l'instructeur de Palo Alto. Pas facile d'en placer une sur la fréquence, au milieu du brouhaha incessant des Boeings qui atterrissent et des Airbus qui décollent. Surtout en anglais. Mais Georges obtient finalement sa clairance pour un transit presque à la verticale de San Francisco International.
"Caution, wake turbulence." nous avertit le contrôleur alors que nous coupons les axes. Un Boeing 777 a décollé devant nous et nous allons traverser ses turbulences de sillage. Et effectivement, quelques instants plus tard, notre avion est secoué comme un fêtu de paille. Tout le monde est projeté dans sa ceinture. Rien de grave, mais c'est impressionant. Nous passons un petit moment à ramasser les cartes, appareils photos et divers stylos qui ont volé dans la cabine.
Le reste du vol est bien tranquille. Nous contournons les tours majesteuses du centre ville, dont les surfaces vitrées scintillent dans le soleil de l'après-midi, et passons juste au dessus des célèbres piles oranges du Golden Gate. Et nous traversons la baie vers l'est, vers Oakland, en survolant Alcatraz et le Bay Bridge. Les appareils photos mitraillent, le spectacle est grandiose. Et finalement, nous longeons la rive pour rentrer à Reid-Hillview.


Le soleil se couche quand nous finissons de ranger l'avion, et les quelques nuages moutonneux qui commencent à se rassembler se colorent de belles couleurs incandesantes.


Far West 2009, 1er juin : de San Diego à San Francisco

Où l'on profite d'une éclaircie pour aller à San Francisco - Montgomery Field Airport (San Diego, CA, USA)
- Shafter-Minter Field Airport (Shafter,
CA, USA)
- Reid-Hillview
Airport of Santa Clara County (San Jose, CA, USA)



En Californie du sud, il fait beaucoup moins beau en juin qu'en septembre. On est en plein dans ce que les autochtones appellent le june gloom, une partie de l'année où l'été peine à s'installer et où les régions côtières sont constamment enfouies sous les entrées maritimes. La couche nuageuse soudée et la visibilité médiocre nous ont empêché de partir samedi comme initialement prévu, et même chose dimanche. Il faut attendre lundi pour qu'enfin nous ayons une ouverture.
Nos quatre avions décollent l'un après l'autre de Montgomery Field vers 15h30. Heureux et un peu fébriles, nous passons dans un trou dans la couche et continuons au dessus, cap au nord en longeant la côte invisible sous la masse immaculée des nuages. Au bout d'une petite heure de vol, la météo se dégage et nous pouvons observer le dense trafic de liners qui décollent et atterrissent de l'aéroport international de Los Angeles, ainsi que l'immense mégalopole elle même, vaste étendue de béton grisâtre.
Puis ce sont les hautes collines pelées du nord de Los Angeles, plis de terrain aux teintes ocres et jaunes, et nous débouchons sur le patchwork de champs verts et bruns du comté de Kern. C'est là que se trouve le terrain de Shafter-Minter, notre première étape.

Shafter-Minter est désert, presque fantomatique. Nous faisons le plein au self-serve sous un soleil poussiéreux, au milieu de vieux véhicules abandonnés, camions citernes rouillés et tracteurs agricoles oubliés. Et garés en ligne dans un coin du parking, une série d'étranges petits hélicoptères équipés pour épandre des pesticides sur les cultures environnantes.
Nous repartons rapidement et continuons notre voyage vers Oakland.

Le Duchess, bimoteur rapide et piloté par des IFR chevronnés, se pose à Oakland, comme prévu. Mais dans les trois Cessna, nous nous inquiétons un peu. La nuit se rapproche, et aucun pilote n'a envie de se poser après le coucher du soleil. De plus, la météo au nord de la baie de San Francisco n'est pas engageante (toujours le june gloom). Nous décidons de nous dérouter sur Reid-Hillview, un aéroport au sud de la baie, plus proche et au dessus duquel la météo est plus clémente.
Nous nous posons presque à la nuit, et la piste de Reid-Hillview, mal éclairée, est bien difficile à repérer malgré les VOR, DME et GPS.

Les passagers du Duchess (Marc-Oliver, Joël et Georges) nous rejoignent une heure plus tard avec deux voitures de location. Et nous repartons, fatigués, vers le centre de San Francisco où nous attends notre hôtel.


11 mars 2009

Far West 2008

Le dernier récit mis en ligne :
Jour 5-3 : KLMT-KOAK Klamath Falls - Oakland
(mercredi 11 mars 2009)

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Fin septembre 2008, j'ai eu l'honneur et le privilège de participer avec cinq autres pilotes, à l'aventure Flight Far West 2008.
Voici le récit de cet incroyable voyage qui nous a emmené à bord de nos Cessna de San Diego à Vancouver, d'Oakland à Las Vegas, au dessus du Grand Canyon et des volcans des Cascades...


Samedi 20 septembre 2008
Transatlantique Paris - San Diego

Lundi 22 septembre 2008
Jour 0 : formalités administratives, licences américaines

Mardi 23 septembre 2008
Jour 1-1 : Checkride C172
Jour 1-2 : KMYR-KSBP Montgomery Field - San Luis Obispo
Jour 1-2 : KSBP-KOAK San Luis Obispo - Oakland

Mercredi 24 septembre 2008
Jour 2-1 : Bay Tour au dessus de San Francisco
Jour 2-2 : KOAK-KMFR Oakland - Medford

Jeudi 24 septembre 2008
Jour 3-1 : KMFR-KPDX Medford - Portland
Jour 3-2 : KPDX-CZBB Portland - Boundary Bay

Vendredi 25 septembre 2008
Jour 4 : repos à Vancouver

Samedi 26 septembre 2008
Jour 5-1 : CZBB-KBFI Boundary Bay - Boeing Field
Jour 5-2 : KBFI-KLMT Boeing Field - Klamath Falls
Jour 5-3 : KLMT-KOAK Klamath Falls - Oakland

Dimanche 27 septembre 2008
Jour 6-1 : KOAK-KMHV Oakland - Mojave
Jour 6-2 : KMHV-KLAS Mojave - Las Vegas

Lundi 28 septembre 2008
Jour 7 : KLAS-KPGA Las Vegas - Page ; Grand Canyon

Mardi 29 septembre 2008
Jour 8-1 : KPGA-KBDG Page - Blanding ; Brice Canyon
Jour 8-2 : KBDG-UT25 Blanding - Monument Valley
Jour 8-3 : UT25-KSEZ Monument Valley - Sedona

Mercredi 29 septembre 2008
Jour 9-1 : KSEZ-KTML Sedona - Thermal
Jour 9-2 : KTML-KSMO Thermal - Santa Monica
Jour 9-3 : KSMO-KAVX Santa Monica - Catalina
Jour 9-4 : KAVX-KMYF Catalina - Montgomery Field


Bonus
Avant le départ
N4975F


Far West 2008, jour 5-3 : KLMT-KOAK

Samedi 27 septembre 2008



Le soleil se rapproche peu à peu de l'horizon. Les courbes lisses des montagnes environnantes se colorent doucement de rose, et les ombres de nos avions s'allongent sur le bitume noir du parking de Klamath Falls. Pendant que l'employé du FBO fait les pleins du Cessna, je déambule tranquillement sur le tarmac. C'est une agréable fin de journée, sereine. L'air est parfaitement immobile, et le ciel d'un bleu pâle, d'une pureté typiquement montagnarde.
Klamath Falls Airport (KLMT), c'est la destination que nous avions été contraints d'abandonner le mercredi précédent, lorsque nous étions à trois par avion en partant d'Oakland : perché à une altitude de 4000 pieds (1300 mètres), il aurait pu nous poser quelques difficultés pour faire décoller un Cessna trop chargé, même avec une piste longue de trois kilomètres. C'est également là qu'est basée la 173rd Fighter Wing, une escadrille de chasseurs de la garde nationale de l'Oregon. A quelques dizaines de mètres de nos trapanelles, les formes massives et menaçantes des F-15 Eagle, alignées proprement sur leur parking, rayonnent une puissance calme et maitrisée. Leurs fuselages gris mat sont couverts d'une multitude de petits rubans rouges remove before flight qui pendent, inertes, dans l'atmosphère tranquille. Derrière eux, un hangar porte fièrement les écussons de la wing et du squadron, ainsi qu'une devise no slack.
Un simple petit panneau rouge, posé à même le sol, sépare la zone militaire de la zone civile : Restricted operations area, only authorized personnel/vehicles beyond this point.



Vincent prépare sa navigation. Je vais payer l'essence, et je me retrouve à discuter avec l'employé du FBO. Nous parlons d'avions d'armes, du meeting du Bourget, et du Eagle d'un autre squadron qui, plus tôt dans la journée, été garé juste à l'endroit où nous attend notre Cessna. Nous serions arrivés plus tôt, j'aurais peut-être eu la chance de voir la machine de près et de rencontrer son pilote.



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Au point d'arrêt, les pieds sur les freins et le moteur rugissant, Vincent mixture consciencieusement pour avoir des performances optimales au décollage. Autour de nous, l'obscurité s'écoule dans les creux du relief : il fait déjà presque nuit.
Nous décollons en n'utilisant qu'une infime portion de la longue piste, et notre vaillant N4975F s'envole vers les quelques étoiles qui commencent à piqueter le firmament. En montée vers 11000 pieds, nous obliquons à droite vers le mont Shasta, dont la masse ténébreuse se découpe sur le gris opaque du crépuscule. A notre altitude de croisière, ce sera la seule montagne plus élevée que nous, l'objectif est donc de le passer avant que la nuit ne l'ai rendu complètement invisible. Des vallons secs et rocailleux défilent rapidement sous nos ailes, nuances indécises de noirs et de bruns profonds contrastant avec la teinte pâle du ciel crépusculaire. Seul l'horizon est encore coloré d'orange vif là où les derniers rayons du soleil sont passés sous l'horizon.
Bientôt, nous passons à droite du sommet du mont Shasta. Gigantesque ombre chinoise, la forme escarpée du volcan se fond désormais avec un ciel de plus en plus sombre. Nous nous enfonçons dans la nuit.



Voilà de nouveau l'ambiance surnaturelle du vol de nuit. Notre petit espace de réalité, bercé par le ronronnement lancinant du moteur, flotte doucement dans un océan d'encre. Pas de routes, pas de villages, pas de lumières, pas de repères ; on devine seulement un horizon irrégulier, le noir absolu des montagnes se découpant imperceptiblement sur le bleu épais du ciel.
Le cockpit du Cessna est à peine éclairé par le halo discret des instruments. Je suis notre progression sur l'écran du GPS, dont la luminosité est réglée au minimum, et allume de temps en temps ma lampe rouge pour vérifier sur la carte les altitudes des reliefs environnants. Parfois, je m'amuse à croiser deux VORs pour confirmer notre position, et je coche l'intersection sur la carte en notant l'heure de passage. Vincent maintient le Cessna dans un palier parfait, tout droit sur le cap prévu, et nos heures estimées (au prochain point, à l'arrivée, carburant restant...) sont toujours cohérentes et en phase avec celles du GPS. Si j'avais fait une aussi belle navigation le jour de mon test, j'aurais eu une mention.
Nous passons au dessus des formes fractales du lac Shasta, invisibles dans la nuit, et débouchons au dessus de la large vallée qui s'étend jusqu'à la baie de San Francisco. Loin sous nos roues, des îlots de lumière parsèment maintenant l'obscurité : villes, villages et fines routes bordées de lampadaires. Parfois le point isolé d'une voiture sur une route sans éclairage. Sur les aéroports de Redding et Red Bluff, nous distinguons les feux multicolores d'avions en mouvement.

Nous sommes tranquillement descendus à 6000 pieds en longeant la vallée. Ça fait deux heures que nous sommes partis de Klamath Falls, et nous approchons de notre destination. Après un virage à droite en direction du VOR de Scaggs Island, notre dernier point tournant, une masse noire et inquiétante se détache sur un horizon réchauffé par les lumières de la mégalopole. J'allume ma lampe et vérifie les altitudes de sécurité : devant nous, il y a bien une grosse colline qui culmine à 3000 pieds, mais nous croisons toujours à 6000, nous devrions passer largement au dessus. Pourtant, on dirait vraiment qu'une montagne nous barre la route. Prudemment, Vincent décide d'infléchir légèrement son cap vers le sud pour contourner l'obstacle supposé. La colline passe sous notre aile droite, et l'obstacle semble finalement n'être qu'un nuage posé sur son sommet. Comme quoi, tout n'est pas écrit sur les cartes.

En suivant les instructions du contrôleur de NORCAL, nous longeons la baie de San Francisco. Les innombrables lumières qui illuminent la région se reflètent en scintillant dans le miroir laqué de la mer. De nuit, tout est différent, mais nous retrouvons quand même nos repères : San Rafael Bridge, le Golden Gate et les hautes tours du centre ville, le Bay Bridge...
Vincent intègre le circuit en vent arrière pour la piste 27 droite, et il ajoute un deuxième atterrissage de nuit au Metropolitan Oakland International Airport à son tableau de chasse. Cette fois ci, pas besoin de suivre le Duchess : nous allons nonchalamment nous garer chez Kaiser, comme d'habitude.


(credits to Vincent pour cette image)
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Dans les locaux de Kaiser, nous retrouvons avec plaisir les Alex. Pendant notre allez-retour à Vancouver, ils ont eu le temps de visiter San Francisco et, une fois leur Cessna réparé, de faire un Bay Tour.
Mais il est tard, et nous sommes tous épuisés. Nous nous entassons à six dans la voiture de location des Alex et traversons le Bay Bridge pour rejoindre notre hôtel, à l'autre bout de San Francisco. Bien entendu, nous avons des chambres avec vue sur les pistes de KSFO, San Francisco International Airport.

5 mars 2009

Far West 2009 ?



Je n'ai même pas le temps de finir le récit de l'édition 2008 que déjà l'aventure Far West 2009 pointe le bout de son nez avec insistance.
Si j'en crois le blog de Vincent, on est plus qu'à 83 jours du départ. Les avions sont réservés. Le planning, cette fois étalé sur deux semaines, approche de sa forme définitive. Certains ont déjà leurs billets de ligne. Et il faut même que nous choisissions un logo !





(merci et bravo à Guillaume pour ce superbe travail)

4 mars 2009

Far West 2008, jour 5-2 : KBFI-KLMT

Samedi 27 septembre 2008
Voir la galerie Picasa de la journée



Il doit être un peu plus de midi. Entre l'heure locale et l'heure Zulu (temps universel, qui est utilisé pour les informations aéronautiques) je perds mes repères. Ce qui est sûr, c'est que le soleil est haut dans le ciel, et que plus aucun nuage n'entache le bleu profond du ciel.
Les deux pistes de King County International Airport bourdonnent d'une activité enivrante. Communément appelé Boeing Field, cet aéroport est utilisé par le célèbre avionneur pour les tests en vol et l'assemblage final de certains de ses appareils. Au delà des pistes, de vastes hangars blancs arborent fièrement la forme élancée du logo Boeing, et quelques 777 flambants neufs, vêtus du bleu strié de blanc de la livrée d'usine, bronzent calmement sur les parkings qui les entourent.
Nous sommes sur un terrain mythique.

Au premier étage du bâtiment de Galvin, le FBO, la grande table en aggloméré noir est couverte de cartes dépliées et repliées, d'A/FD aux pages cornées et annotées, de règles et de stylos éparpillés... En grignotant distraitement les chips qui me font office de repas, je remplis consciensieusement le log de nav pour Klamath Falls. Marc-Olivier me prodigue comme toujours ses inestimables conseils, et dans une pièce adjacente Vincent et Christophe s'escriment à faire cuire des cookies surgelés au micro-ondes.
Assis à la même table, un pilote en uniforme galonné termine son déjeuner. Nous discutons un peu avec lui : il pilote un Cessna Citation, et dès son repas terminé va emmener son fortuné passager vers quelque lointaine destination. Nous lui racontons à notre tour notre voyage, lui décrivant avec un enthousiasme passionné le bonheur que nous avons eu à survoler San Francisco, les Cascades ou Vancouver. Et ce pilote de biréacteur, professionnel chevronné, a les yeux qui brillent autant que nous en écoutant nos aventures de pilotaillons. Finalement, peut-être sommes nous plus proches de la vraie aviation dans nos petits monomoteurs à piston, à zigzaguer en VFR entre les montagnes et les lacs, que ces pilotes de métier qui, tous les jours, règlent le pilote automatique et laissent filer leur bijou de haute technologie tout droit au niveau deux cent cinquante.



La lumière éclatante du soleil à son zénith inonde la pièce par la large baie vitrée. Sur le parking de Galvin, nos avions nous attendent fidèlement. Immobile à coté du Duchess, un superbe Grumman Goose étincelle joyeusement, sa parure rutilante de bleu et de jaune lui donnant des airs de perroquet exotique. C'est exactement le même que celui de Flight Simulator.
Ma navigation est prête, et l'odeur des cookies envahit doucement la pièce.

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Devant nous, le Duchess décolle en vrombissant. Il s'éloigne rapidement : il arrivera à destination bien avant nous.
A notre tour, nous nous alignons sur la piste 31, face au nord. Le vol s'annonce assez simple : départ de Seattle, quasiment au niveau de la mer, et une longue montée jusqu'aux quatre mille pieds de Klamath Falls en se servant des majestueux volcans des Cascades comme le Petit Poucet de ses petits cailloux blancs.


Nous décollons et, en suivant les indications de la tour, faisons un large virage à gauche pour reprendre un cap au sud sans déranger les approches et les départs de Seattle Tacoma, l'aéroport international. Je quitte la tour de Boeing Field pour contacter Seattle Departure. Pas de réponse. Tant pis, je recommencerais dans quelques instants. Notre premier point tournant, le mont Rainier, apparait devant nous. Une cour de cumulus, amassés contre ses flancs massifs, semble vénérer sa sérénité ancestrale. Nous survolons une île couverte d'arbres, vert sombre au milieu du bleu miroitant de la mer. A gauche, la ville de Seattle s'étale le long du rivage, zones résidentielles bordées d'arbres, gratte-ciels pompeux, installations portuaires hétéroclites et bretelles autoroutières improbables. Quelques navires dessinent de discrètes lignes d'écume dans la baie.
Je rappelle Seattle Departure, toujours sans succès. Inquiet, je vérifie mon micro, débranche et rebranche les câbles, joue avec le réglage du squelch. Pour nous assurer que ce n'est pas un problème technique avec ma connexion à la radio, Vincent essaye à son tour. Néant.
Nous apprendrons plus tard que les contrôleurs doivent parfois gérer plusieurs fréquences simultanément, et qu'ils ne sont donc pas toujours immédiatement disponibles. Ou peut-être était-il simplement allé soulager un besoin pressant. Nous finissons par avoir une réponse et obtenons le confort rassurant du flight following.

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Les 4392 mètres du mont Rainier passent lentement au bout de notre aile gauche. Son sommet aplati est couvert d'une calotte de neige glacée qui semble avoir coulé et séché sur les roches volcaniques noires de ses parois. Derrière nous, Seattle et la baie disparaissent sous l'horizon. La navigation est effectivement assez facile à suivre : au loin, nous distinguons déjà le mont Adams, notre prochaine étape, et sur notre droite le mont Saint Helens.
Nous traversons la Columbia River bien à l'est de Portland. Deux jours plus tôt, elle était grise et matte, inquiétante dans le mauvais temps ; aujourd'hui le soleil lui donne une apparence de ruban doré, tout juste plissé par le vent qui vient caresser sa surface.
Nous continuons notre ascension des Cascades, et je retrouve le rituel de la mixture. Notre Cessna, comme toujours, est trimmé et parfaitement stable. La fréquence du flight following est calme. Et la visibilité est généreuse, les vastes volcans qui nous servent de jalons parfaitement reconnaissables cinquante milles nautiques à l'avance.
Nous passons le mont Adams et enchaînons sereinement vers le mont Hood. Sous nos ailes, ce sont de nouveau les vastes forêts de l'Oregon, un tapis de conifères noirs qui recouvre le relief accidenté, parfois percé par la pointe grise d'un piton rocheux ou la tâche pure d'un lac d'altitude. Vincent et moi avons une pensée pour la panne moteur : dans l'improbable éventualité où le vaillant moteur de N4975F s'arrêterait, l'atterrissage d'urgence dans cette région désertique serait pour le moins hasardeux.
Voilà le mont Jefferson. Par endroits, les forêts sont plus clairsemées, laissant apparaitre de larges dalles de rochers beiges dans les creux desquelles la neige se blottit en congères grisâtres.
Puis les Three Sisters. Ce trio de volcans, haut chacun de plus de 3000 mètres, est au milieu d'une zone sauvage protégée. Sur le flanc de la sœur sud, la plus jeune des trois, des coulées de lave durcie ressemblent à d'énormes gouttes de colle séchée, noires et granuleuses, figées éternellement dans leur fuite meurtrière vers les forêts de pins.



Marc-Olivier nous contacte sur la fréquence 123.45 Mhz, que nous utilisons pour nos communications air-to-air, d'un avion à l'autre. Il nous relaie les données affichées sur l'écran couleur de son nouveau GPS Garmin, qui est capable de recevoir en temps réel la météo, des informations aéronautiques, et la radio satellite. Des feux de forêt font rage à l'ouest de notre route, et une TFR (Temporary Flight Restrictions) a été mise en place pour protéger le difficile travail des pompiers autour du brasier. Il nous recommande donc de rester à l'est ou au dessus de Crater Lake pour être sûrs de ne pas rogner cette zone interdite de survol, et de s'attendre à une dégradation de la visibilité due aux fumées dégagées par l'incendie.
En effet, Crater Lake, dernier point tournant avant Klamath Falls, baigne dans un voile laiteux uniforme. Cette immense caldera, formée par l'effondrement d'un volcan sur lui même, est remplie par les eaux d'un lac lisse et réfléchissant comme un miroir, protégé du vent par les hautes parois du cratère qui l'entoure. Une fois encore, le spectacle est grandiose.



Crater Lake est derrière nous, et nous entamons notre descente vers Klamath Falls. Et vers les fumées d'incendie. Des rayons de lumière, rasants, ricochent dans la brume, et la visibilité vers l'ouest devient rapidement quasi nulle. Instinctivement, j'oblique vers l'est afin d'avoir le soleil couchant dans le dos et d'y voir un peu mieux. Le spectre de notre pénible arrivée à Boundary Bay ressurgit, et tout en nous assurant nerveusement que nous avons toujours le sol en vue, nous commençons à envisager un déroutement vers l'est. Mais quelques minutes plus tard, alors que Vincent cherche dans l'A/FD la page de l'aéroport de Lake County, la visibilité s'améliore un peu et je distingue Klamath Lake sur la droite, le soleil se reflétant en une sphère d'or dans sa surface calme. Au bout de ce lac, nous savons qu'il y a l'aéroport de Klamath Falls : nous pouvons respirer.



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« 75F, cleared to land runway 32. »
Après une longue finale au dessus du lac et plus de trois heures de vol, nous nous posons sur la piste de Klamath Falls, longue de dix mille pieds. Les fumées sont restées derrière nous et tout le paysage baigne dans une lumière jaune irréelle. Vincent repère le Duchess, garé devant le FBO, et nous roulons le rejoindre.
Le soleil se couche, mais notre journée n'est pas encore finie : ce soir, nous allons retrouver les Alex à Oakland.