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7 juin 2011

Far West 2009

Far West 2009
9 pilotes / 4 avions / 23 aéroports / 6700 kilomètres


Mise à jour le 6 juin 2011 :
Le récit du dernier jour est en ligne. C'est fini pour Far West 2009, en route pour Far West 2011 !

1er juin : de San Diego à San Francisco 
Où l'on profite d'une éclaircie pour aller à San Francisco
- Montgomery Field Airport (San Diego, CA, USA)
- Shafter-Minter Field Airport (Shafter,
CA, USA)
- Reid-Hillview Airport of Santa Clara County
(San Jose, CA, USA)


2 juin : tour de la baie de San Francisco
Où l'on se lève tôt pour faire un vrai Bay Tour, et où le 75F a un problème de démarreur
 
- Reid-Hillview Airport of Santa Clara County (San Jose, CA, USA)
- Palo Alto Airport of Santa Clara County
(San Jose, CA, USA)- Tour de la baie de San Francisco

3 juin : de San Francisco à Seattle
Où l'on slalome entre les orages au dessus des volcans des Cascades
- Palo Alto Airport of Santa Clara County (San Jose, CA, USA)
-
Mahlon Sweet Field Airport (Eugene, Oregon, USA)
- Boeing Field/King County International Airport (Seattle, Washington, USA)

4 juin : de Seattle à Tofino
Où l'on visite The Museum of Flight avant de traverser la frontière canadienne
 
- Boeing Field/King County International Airport (Seattle, Washington, USA)- Victoria International Airport (Victoria, Bristish Columbia, Canada)
- Tofino Airport (Tofino, British Columbia, Canada)


5 juin : de Tofino à Vancouver
Où l'on profite de la beauté sauvage des montagnes de la Colombie Britannique
- Tofino Airport (Tofino, British Columbia, Canada)
- Penticton Airport (Penticton, British Columbia, Canada)
- Vancouver International Airport (Vancouver, Bristish Columbia, Canada)


6 juin : de Vancouver à Portland
Où je fais mon premier vol IFR
- Vancouver International Airport (Vancouver, Bristish Columbia, Canada)
- Portland International Airport (Portland, Oregon, USA)

 
Où l'on se rend compte qu'une hélice du Duchess est tordue, et où l'on fait le vol sans escale le plus long du voyage
- Portland International Airport (Portland, Oregon, USA)
- Reno/Tahoe International Airport (Reno, Nevada, USA)

 
Où l'on survole la fameuse base militaire d'Edwards
- Reno/Tahoe International Airport (Reno, Nevada, USA)
- Mojave Airport (Mojave, California, USA)
- Mc Carran International Airport (Las Vegas, Nevada, USA)

9 juin : de Las Vegas à Page
Où l'on remonte la Colorado River en longeant les paysages escarpés du Grand Canyon
- Mc Carran International Airport (Las Vegas, Nevada, USA)
- Henderson Executive Airport (Las Vegas, Nevada, USA)
- Page Municipal Airport (Page, Arizona, USA)


Où l'on fait du vol en formation au dessus des canyons de l'Utah et des mesas de Monument Valley
- Page Municipal Airport (Page, Arizona, USA)
- Cal Black Memorial Airport (Halls Crossing, Utah, USA)
- Sedona Airport (Sedona, Arizona, USA)


11 juin : de Sedona à San Diego
Où l'on survole le désert interminable pour rejoindre les nuages de la côte Pacifique
- Sedona Airport (Sedona, Arizona, USA)
- Laughlin/Bullhead International Airport (Bullhead City, Arizona, USA)
- Montgomery Field Airport (San Diego, California, USA)


12 juin : aller-retour San Diego / Los Angeles
Où Vincent se fait une 1-6 right, et où l'on passe sous les axes de Lindbergh at or below 500 feet
- Montgomery Field Airport (San Diego, California, USA)
- Van Nuys Airport (Van Nuys, California, USA)
- Corona Municipal Airport (Corona, California, USA)

6 juin 2011

Far West 2009, 12 juin : aller-retour San Diego / Los Angeles

Où Vincent se fait une 1-6 right, et où l'on passe sous les axes de Lindbergh at or below 500 feet
- Montgomery Field Airport (San Diego, California, USA)
- Van Nuys Airport (Van Nuys, California, USA)
- Corona Municipal Airport (Corona, California, USA)



Il nous reste une ultime journée à San Diego avant de laisser l’aventure derrière nous et d’embarquer pour la France avec des souvenirs plein nos valises. La plupart des membres de notre petite équipe a envie d’en profiter pour voler encore un peu, et décide d’organiser un saut jusqu’à Van Nuys.
Van Nuys (prononcer Vanne Naïsse) est un grand terrain d’aviation générale au nord de Los Angeles. Il a été rendu célèbre dans la communauté aéronautique par le film One Six Right : The Romance Of Flying. Ce documentaire retrace l’histoire du terrain, des années 1920 au début du 21ème siècle, au travers du témoignages de pilotes et de célébrités qui expliquent l’importance de l’aviation générale dans la société américaine, et sur des images contemplatives de paysages et d’avions.
Pour les pilotaillons que nous sommes, l’idée d’aller faire un touch sur la piste 16R (One Six Right) de Van Nuys a une résonance mythique.
Mais pour rendre les choses vraiment intéressantes, nous allons prendre une route qui traverse la classe B de Los Angeles, comme le premier jour, mais cette fois en utilisant le transit VFR appellé Mini Route. La Mini Route est un peu plus compliquée, et surtout elle fait passer au dessus des pistes de KLAX à 2500 pieds (au lieu des 4500 pieds de la Special Flight Rules Area que nous avons empruntée le jour du départ).
Les deux équipages, sept personnes, se répartissent dans deux Cessnas. Cartes, A/FD, logs de nav et GPS sont étalés sur les tables du FBO Gibbs. Tout le monde prépare avec enthousiasme le dernier vol de Far West 2009.

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La côte Pacifique se courbe doucement vers l’ouest jusqu’aux quais bétonnés et hérissés de grues du port de Long Beach. Nous reconnaissons les trois cheminées rouges du Queen Mary, le grand paquebot désarmé et transformé en restaurant / music hall amarré à coté du grand dôme blanc du terminal de croisières. Au delà, la mégapole de Los Angeles étale ses innombrables bâtiments, immense tâche poussiéreuse collée contre le bleu-gris de l’océan Pacifique.
La météo n’est pas terrible : plafond bas de nuages sombres, visibilité médiocre et averses intermittentes.


En arrivant au dessus de l’intersection entre Hawthorne Boulevard et le Freeway (point de report poétiquement nommé VPLSR) nous nous calons sur le radial 308° du VOR de Santa Monica. Sous le nez de l’avion, les quatre longues pistes de KLAX sont déjà bien visibles.
La tour de Hawthorne, qui a coordonné notre entrée sur la Mini Route, nous transfère à Los Angeles Tower. Entre un Boeing qui décolle et un Airbus en courte, le contrôleur de KLAX nous prend en charge sur la fréquence dédiée :
“N487SP, cleared throught the bravo airspace, Mini Route northbound at 2500 feet, report overhead.”
Il suffit de demander !

On passe Imperial Highway, puis au dessus de l’aéroport lui-même. Il y a des avions partout : éparpillés sur les taxiways entrecroisés, accrochés aux terminaux par les jetways, touchant ou quittant les grandes pistes au béton noirci par des millions d’impacts de pneus. Nous nous permettons une légère déviation à droite de la radiale pour donner un meilleur angle aux appareils photo ; pas trop quand même on ne voudrait pas inquiéter le contrôleur qui, au vu traffic qui s’agite là dessous, a déjà fort à faire.
Et on survole déjà Manchester Boulevard. Nous quittons Los Angeles pour passer avec Santa Monica et continuer vers le nord, vers Van Nuys.

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“Cessna 7SP, keep the pattern close to the city 405 freeway, runway 1-6 left cleared for the option.
- Cleared for the option 1-6 left. Is it possible to have a 1-6 right clearance ?
- 7SP, cleared for the left, I’ll advise you on the right.”
Nous sommes en vent arrière pour la piste 16 gauche de Van Nuys, et c’est la deuxième fois que Vincent insiste pour avoir la droite, la fameuse One Six Right.
Dans la vallée de San Fernando, après avoir passé la barre des Hollywood Hills au nord de Los Angeles et être descendus sous 2000 pieds, la visibilité paraît encore moins bonne. Pour éviter de rogner sur la classe C de Burbank, nous serrons à gauche le long du 405 freeway comme nous l’a recommandé le contrôleur. Le trait blanc de cette quatre voies qui tranche dans les blocs gris des zones commerciales et des lotissements arborés, disparaît quelques kilomètres plus loin dans une brume laiteuse. “Cessna 7SP, change for the 1-6 right. Traffic one half mile final caution jet wake turbulence. Wind calm, runway 1-6 right, cleared for the option.
- Cleared for the option 1-6 right N487SP.”


Victoire ! Il a fallu insister lourdement mais nous avons obtenu une petite place sur la One Six Right, derrière un Citation.
En courte finale, nous distinguons l’autre Cessna de l’équipée Far West du jour, le 75F, qui nous vient de se poser et nous attend au point d’arrêt, juste une petite croix blanche derrière un muret anti-bruit. Et les grands chiffres blancs peints sur le seuil passent sous les ailes : 1-6-R. On a l’impression de poser les roues dans une légende, une petite légende de petits pilotes certes, mais légende quand même.

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Après notre touch and go à Van Nuys, nous partons vers l’est en longeant les Hollywood Hills, passant devant les célèbres lettres blanches qui, perchées sur les hauteurs, annoncent fièrement HOLLYWOOD aux voyageurs.
Cette fois, pas de Mini Route. Nous faisons une grande boucle en passant sous les franges de la classe B, en survolant les agglomérations qui ceinturent Los Angeles, enchaînement monotone de routes entrecroisées, de zones industrielles ou commerciales, et de groupes de résidences familiales qui grimpent en cercles concentriques les pentes de petites collines. Nous nous posons à Corona, un petit terrain en auto-information qui a pour seule particularité d’être le berceau d’Aircraft Spruce, un immense magasin de matériel aéronautique. Nous y faisons une courte pause avant de redécoller pour San Diego.
Autoroutes, malls, stades de foot (américain) défilent de nouveau sous nos ailes avant que nous ne rejoignions la côte.

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Le mont Soledad, qui marque l’entrée dans le circuit de Montgomery, est en vue. Nous nous préparons à contacter la tour quand Marc-Olivier, qui est devant nous dans l’autre avion, indique au contrôleur que finalement, il va continuer plus au sud pour faire le tour du centre ville jusqu’à la frontière mexicaine. Vincent décide de le suivre.


Quelques minutes plus tard, nos deux Cessnas sont suffisamment rapprochés pour que le contrôleur puisse nous considérer comme un vol unique, et c’est Marc-Olivier qui s’occupe de la radio pour cette formation 75F juste formée. Le contrôle de San Diego nous autorise à pénétrer dans la classe B et à passer sous l’axe de décollage de l’aéroport international, at or below 500 feet pour ne pas gêner les liners qui partent vers la côte est ou le Japon.
Et nous glissons sur le sommet de la falaise qui tombe dans le Pacifique, passant au large de la base militaire de North Island, puis des hôtels d’Imperial Beach. Au loin, à l’ouest, le soleil couchant colore les derniers filets de nuages de teintes glorieuses qui se reflètent dans les embruns de l’océan ; à notre gauche, devant les tours du centre de San Diego, les feux de positions des avions de lignes se détachent sur le ciel assombri ; et devant nous, la plage déroule une longue courbe jusqu’au Mexique.


Nous finissons par faire demi-tour, aile dans l’aile, et retraçons notre trajet pour rentrer définitivement à Montgomery. En me collant contre la vitre, j’admire la manière dont la carlingue blanche de N4975F capture les couleurs du crépuscule en reflets orangés. En dessous, au pied des falaises, j’aperçois quelques surfeurs qui profitent des vagues de la fin de journée.

Quelle superbe fin pour ce Far West 2009 !

14 avril 2011

Far West 2009, 11 juin : de Sedona à San Diego

Où l'on survole le désert interminable pour rejoindre les nuages de la côte Pacifique
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090611Fw09KSEZKIFPKMYF

- Sedona Airport (Sedona, Arizona, USA)
- Laughlin/Bullhead International Airport (Bullhead City, Arizona, USA)
- Montgomery Field Airport (San Diego, California, USA)


Décidément, ces matinées printanières dans le sud-ouest américain sont bien agréables.
Attablé dans le parc de l’hôtel/spa à Sedona, au bord d’un petit étang ensoleillé où pataugent quelques canards, je dissipe les dernières brumes de mon mal de crâne en sirotant un café.

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La soirée d’hier s’est terminée de manière chaotique.
Pendant que la nuit s’étendait peu à peu entre les falaises de grès rouge, nous avons fini de vider les pichets de bière à la terrasse du restaurant de l’aéroport. Toujours sans nouvelles de Vincent qui était descendu à l’hôtel avec Bertrand dans l’unique voiture de location, et devait revenir nous chercher, nous avons décidé de partir à pied à sa rencontre.
Traînant nos bagages derrière nous, nous sommes passés devant le parking du Sky Ranch Lodge, et avons entamé la descente d’Airport Road - la route bien nommée qui relie l’aéroport à la vallée. C’est seulement une centaine de mètres après les derniers lampadaires que nous avons réalisé qu’il y avait une faille dans le plan : avec un croissant de lune encore masqué derrière les hauteurs, la nuit était d’encre sur cette petite route en lacets qui surplombait les lumières lointaines de la ville de Sedona. Nous avons du continuer à avancer à pas prudents, les petites roulettes de nos valises raclant dans les gravillons de goudron. Encore deux kilomètres avant d’arriver en bas.
Finalement, Vincent est arrivé avant qu’on en ait fait la moitié, manquant nous écraser en nous distinguant au dernier moment dans l’obscurité. Nous nous sommes empilés dans la berline, quatre sur la banquette arrière, deux sur le siège passager, et le dernier dans le coffre, et nous sommes partis, hilares, jusqu’à l’hôtel. Je pense que Vincent a eu l’impression de conduire un bus scolaire, surtout lorsqu’il a garé la voiture, quand le passager du coffre a décidé de faire le radar de recul à la bouche.

Une fois une chambre choisie et mes bagages abandonnés au pied du lit, je me suis écroulé dans un sommeil qui m’a emporté d’une traite jusqu’au matin.

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La matinée déjà bien entamée, nous terminons notre petit déjeuner à la même table que la veille, au restaurant de l’aéroport, les cartes, ordinateurs portables et GPS étalés au milieu des pots de café, des verres de jus d’orange et des assiettes de pancakes.
Aujourd’hui, nous rentrons à San Diego, bouclons la grande boucle que nous avons commencée dix jours auparavant. 300 milles nautiques, presque tout droit, sans rien de notable à survoler. Nous choisissons Laughlin/Bullhead comme terrain intermédiaire. Plus tard, nous découvrirons que le gros bourg de Bullhead, perdu au bord de la Colorado River à l'extrême ouest de l’Arizona, est encore un de ces mini-Vegas qui vivent principalement de l’activité des casinos. Mais nous le choisissons un peu au hasard, juste parce qu’il est au milieu de la route. De toutes façons nous n’en verrons que l’aéroport.


Les trois Cessnas décollent l’un après l’autre de Sedona, les photographes se retournant pour attraper quelques dernières images de cette piste insolite perchée en haut de sa colline. Les ondulations de terre rouge sont piquetées de tâches vertes, arbres et arbustes séchés par le soleil, et tout autour les falaises crénelées jaillissent de la vallée, dominant le paysage de leur façade orangées.
Equipages standards pour la première branche. Vincent pilote N4975F, je suis à droite. On oblique vers la droite, vers l’ouest, et Vincent demande le flight following. C’est parti pour deux heures de désert monotone. On s’ennuie un peu : sans doute la lassitude après dix jours de vol aux USA, et aussi un coté blasé. Après avoir vu la baie de San Francisco, les montagnes canadiennes, les casinos de Las Vegas, le Grand Canyon, Monument Valley... Les hautes terres désertiques, grises et uniformes, paraissent bien fades.


Nous rattrapons N487SP et Vincent nous offre un peu de vol en formation, l’occasion de faire encore des photos, et des souvenirs. Nous avons une courte discussion sur 123.45 pour décider s’iil est possible de traverser la Bagdad MOA, une Military Operation Area en plein sur notre route (ça a un goût de déjà vu, la réponse est que les MOA sont pénétrables aux VFR, comme Marc-Olivier nous l’a répété une bonne dizaine de fois en 2008), puis nous le dépassons et continuons tout droit vers Laughlin.


“Cessna four-niner-seven-fife-papa, runway 16, cleared to land.
- I really insist, it’s seven-fife-foxtrot !”
Ca doit être l’accent français. Depuis que nous sommes en contact avec le contrôleur de Laughlin, il s’entête à nous appeller 75P au lieu de 75F. Vincent finit par lui faire comprendre l’indicatif correct seulement quand nous tournons en finale.
Comme prévu, il n’y a pas grand chose à voir. Nous nous garons sur un grand parking de bitume noir qui s’étend au pied d’un long talus d’où nous domine la tour de contrôle. A l’autre bout de ce parking qui cuit dans la chaleur étouffante de la mi-journée, sous un ciel d’un bleu éblouissant, les locaux agréablement climatisés du FBO nous paraissent bien accueillants.
Avant de repartir, nous révisons la suite du voyage, nous relaxons dans les larges fauteuils en cuir et grignotons un morceau de junk food aux distributeurs.


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Changement d’équipages : Vincent a pris les commandes de SP, me laissant commandant à bord de 75F.
Abandonnant Laughlin et Bullhead, et l’eau bleue de la Colorado River, nous quittons l’Arizona et survolons succintement un bout de Nevada avant de retrouver la Californie du sud. Quel que soit l’état, pour l’instant c’est toujours le même désert, et on continue à voler tout droit.

Au bout d’une petite heure, nous passons au nord de la Salton Sea, un grand lac d’un bleu mat proche de Palm Springs, et le désert commence à céder la place à des montagnes couvertes de forêts sombres auxquelles commencent à s’accrocher des écharpes de nuages.


Comme prévu, nous passons au dessus de cette couche morcelée de cumulus le temps de dépasser les hauts reliefs, puis descendons dans un trou en arrivant en vue de la côte Pacifique. Quelque part, ça fait plaisir de revoir des nuages de prêt !
Au dessus de l’océan, les conditions météo sont excellentes, et nous longeons la côte en sens inverse du jour de notre départ, passant sous les zones de Miramar pour intégrer le circuit de Montgomery en passant par le mont Soledad.
On rentre chez nous quoi. En vent-arrière pour la piste 28, on reconnaît les buildings de downtown San Diego à droite, l’autoroute qui serpente vers le sud, et au loin l’aéroport de Lindbergh et la base militaire de North Island. Un fois posés, on retrouve instinctivement la place de parking de notre avion.
Et pour la première fois depuis dix jours, on vide complètement la soute des bagages qui y sont empilés.

On est heureux, mais un petit peu tristes aussi. Ça sent la fin des vacances.


28 mars 2011

Far West 2009, 10 juin : de Page à Sedona

Où l'on fait du vol en formation au dessus des canyons de l'Utah et des mesas de Monument Valley
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090610Fw09KPGAU96KSEZ
- Page Municipal Airport (Page, Arizona, USA)
- Cal Black Memorial Airport (Halls Crossing, Utah, USA)
- Sedona Airport (Sedona, Arizona, USA)


Aujourd'hui ça va mieux. Une bonne nuit de repos semble avoir mis ma grippe en déroute. Et c'est tant mieux parce que les vols d'aujourd'hui sont sans doute les plus beaux et les plus dépaysants de toute l'épopée Farwest.
La matinée est agréable. Il ne fait pas encore trop chaud, et le ciel est d'un bleu estival parsemé de cumulus joufflus. Sur le parking de Page, notre petit équipe s'affaire : Joël complète l'huile du 88G, Vincent astique le pare-brise de 75F, le vieux camion citerne Ford du FBO fait les pleins du SP... On discute devant les cartes, on programme les GPS, on prend la météo, on se promène sans but entre les avions parqués... Dans le hall de l'aérogare, nous rencontrons des pilotes locaux qui nous recommandent vivement de passer au dessus de Zion Canyon avant de rejoindre Bryce. On interroge, on discute, on remercie, et on repart tracer des traits sur les cartes et programmer des points tournants dans les GPS.

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"Page trafic, Cessna N4975F, radio check...
- Loud and clear 75F.
- 75F thank you."
Comme d'habitude, Vincent est consciencieux, et après avoir crié "clear prop" avant de démarrer le moteur, il prend soin de vérifier qu'on l'entend sur la fréquence d'auto-information de Page. Il serait dommage de s'apercevoir, après avoir roulé et décollé, que l'on parlait dans le vide parce que l'on s'était trompé dans le réglage de la radio !


Nous nous envolons de la piste 33 et obliquons à gauche au dessus du lac Powell. L'un après l'autre, nos trois Cessnas mettent cap à l'ouest, le long de la frontière entre l'Arizona et l'Utah, survolant un désert accidenté de poussière brune duquel émergent par endroit des bosquets de rochers acérés. Nous passons au dessus des falaises rouges d'un premier canyon anonyme - il y en aura beaucoup d'autres - puis au large des Coral Pink Sand Dunes, un lac de sable rose enchâssé entre deux escarpements ocres, dont la surface ridée de vagues lisses est piquetée des points noirs de petits conifères.


Pas de flight following sur ce vol, mais comme d'habitude nous gardons le contact radio inter-avion sur la fréquence 123.45. Nous nous arrangeons ainsi pour retrouver 88G au dessus des pistes en croix de Colodaro City et continuons vers le nord, au dessus de Zion National Park. Le pilote de Page n'a pas exagéré : le spectacle est grandiose. Le parc est un vaste massif de Navajo Sandstones qui émerge de l'aplat inégal du désert environnant. Ces hauts plateaux ont des sommets plats couverts de végétation émeraude, et s'arrondissent en pentes de grès blanc avant de chuter vertigineusement dans des crevasses plus ou moins larges et profondes. En formation lâche avec le 88G piloté par Joël, nous remontons la plus grande d'entre elles : le Zion Canyon proprement dit, une immense saignée verdoyante au fond de laquelle miroitent les méandres de la Virgin River ; et la présence d'un autre avion au bout de notre aile donne une échelle aux dimensions gigantesques de ce décor que notre altitude de vol à tendance à minimiser.


Et soudain, c'est de nouveau la plaine, presque verte cette fois car le terrain est plus élevé, plus tempéré qu'à Page. Et puis c'est Bryce Canyon. Je ne sais toujours pas pourquoi on appelle ça un canyon : Bryce est plutôt un grand amphithéâtre qui s'arrache brusquement à la pente douce de la forêt environnante. Toujours en formation avec 88G, nous glissons près de ce mur, admirant les innombrables hoodoos, cheminées rocheuses rouge et orange, qui ondulent le long de la paroi.
Dans les trois avions (le troisième Cessna, SP, est un peu plus au sud et un peu plus haut), caméras et appareils photos mitraillent, et des yeux grand ouverts absorbent des souvenirs.


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Après Bryce, nous continuons vers l'est jusqu'à traverser le bras nord du lac Powell au niveau de la Bullfrog Bay. Nous nous posons juste de l'autre coté, à Cal Black Memorial, pour faire le plein. A Cal Black, on est vraiment au milieu de rien : un ruban de bitume noir posé au milieu des cailloux poussiéreux, un petit groupe de caravanes, une vieille pompe à essence et un gestionnaire qui semble à deux doigts de sortir le fusil quand je tarde à arriver pour payer mon plein.


Je me rends compte que c’est la première fois que je vois le désert du sol. Derrière les palissades rouillées de l’aérodrome, un vent chaud balaye des volutes de poussière rouge sur la surface de vastes aplats de roches lissés par l’érosion. Partout, émergeant de fissures dans le manteau caillouteux, des touffes d’une végétation austère dansent dans les rafales sèches. Ici, le nom que nous avons choisi pour notre périple prend tout son sens : on est vraiment au farwest.


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Nous repartons de Cal Black et vers le sud, en passant au dessus du lit verdoyant de la San Juan River là où elle rejoint le lac Powell, pour trouver Monument Valley.


Dans N4975F, nous sommes les premiers à arriver à l’aéroport de Monument Valley. Vincent et moi, qui sommes déjà passés par là l’année dernière, reconnaissons la piste en pente collée à la falaise, les quelques habitations agglutinées autour de la boutique de souvenirs Navajo de Goulding, le ruban gris de l’autoroute 163 qui oblique vers le sud. Pour Patrick par contre, c’est la première fois, et il me laisse les commandes pour pouvoir mieux profiter du spectacle. Je ne me fais pas prier, et fait descendre le Cessna à hauteur du sommet des mesas. Pendant une quinzaine de minutes, nous surfons entre les grands plateaux ocres aux jupes d’éboulis, et encore des hoodoos plus ou moins grands qui sortent du désert comme des doigts pointés vers le ciel. A l’arrière, Vincent engrange les images qui donneront naissance à la vidéo épisode 5 de Farwest 2009 (ici).


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Après la majesté des canyons, des mesas et des hoodoos, la fin du voyage paraît un peu fade. Je rends les commandes à Patrick qui nous cale en croisière au FL95, tout droit jusqu’à Sedona. A l’arrière, Vincent a allumé son portable et trie déjà ses photos. Dans le 88G, Joël dort.


Lentement, le désert se vallonne et se verdit, et finit par laisser place à des collines rondelettes couvertes d’arbres. Puis les collines deviennent des petites montagnes et des crevasses blanches qui déchirent la forêt. Et finalement, Sedona, Americas’s most scenic airport, posé tout en haut d’une grande colline au milieu d’un bassin encadré de falaises boisées, et encore des mesas, d’un rouge lumineux dans les rayons du soleil couchant. Un tour de piste et Patrick pose le Cessna, mettant fin aux vols d’une longue et mémorable journée.


Fatigués et affamés, nous nous retrouvons tous autour d’une collation et de pichets de bière au restaurant de l’aérodrome. Nous n’avons rien mangé depuis le petit-déjeuner.
Vincent et Bertrand prennent la voiture de location qui nous attendait sur la parking pour aller faire le check-in à l’hôtel, en bas dans la vallée, et les autres reprennent un pichet pendant que la nuit tombe.

17 mars 2011

Far West 2009, 9 juin : de Las Vegas à Page

Où l'on remonte la Colorado River en longeant les paysages escarpés du Grand Canyon
http://picasaweb.google.com/fgasseau/090609Fw09KLASKPGA
- Mc Carran International Airport (Las Vegas, Nevada, USA)
- Henderson Executive Airport (Las Vegas, Nevada, USA)
- Page Municipal Airport (Page, Arizona, USA)



Je suis malade.
Je ne sais pas, sans doute la combinaison entre les températures étouffantes du Nevada et la fraîcheur sur-climatisée des casinos de Las Vegas. En tous cas, bien que le vol d'aujourd'hui s'annonce très intéressant, j'ai du renoncer à une place de pilote.
En ce matin chaud, sous un ciel bleu mais chargé de cumulus bouffis, c'est Vincent qui aligne notre bon vieux N4975F au milieu de la large piste 7 left de McCarran. Malgré ma fièvre et ma gorge râpeuse, je suis à la place du copilote pour la première branche. Il faut dire qu'elle va durer à peine dix minutes : un saut de puce de McCarran International, le grand aéroport au pied du Strip de Las Vegas, jusqu'à Henderson Executive, dix kilomètres au sud. C'est un peu comme de faire StCyr - Chavenay. On prend l'ATIS de la destination au parking, et à peine a-t-on décollé qu'on quitte la tour de McCarran pour passer avec Las Vegas Departure, qui nous renvoie presque immédiatement sur Henderson Tower, qui nous autorise à atterrir :
"Skyhawk 4975F, Henderson Tower, make straight-in runway 1-7 left...
... runway 1-7 left, cleared to land, trafic is a Duke on the right base landing on the right."


On ne fait qu'un pit-stop à Henderson, pour remplir les réservoirs, parce que les tarifs de l'Avgas y sont plus raisonnables qu'à McCarran. Les pompes à essence sont disposées en cercle sur un îlot de bitume posé au milieu des parkings. Les trois Cessnas de l'équipée Farwest sont positionnés tout autour, et chacun vaque à ses occupations - faire un plein, vérifier le tracer de la nav à venir, se balader sur le parking, sommeiller dans l'avion... - pendant qu'un bruit inhabituel se fait entendre. D'abord lointain, le grondement enfle progressivement jusqu'à attirer l'attention de tout le monde vers le seuil de la piste 17. Trois ChinooksSea Knights (merci à Max sur Pilote Virtuel d'avoir pointé l'erreur) des Marines, peints en gris basse visibilité, se sont posés et remontent la piste en file indienne. Tiré de ma sieste par ce boucan d'apocalypse (now), je sors du Cessna, appareil photo à la main, juste à temps pour voir le premier hélicoptère s'arrêter et quitter la piste sur le taxiway Echo, juste devant les pompes. Il fait demi tour sur son axe et repart vers sa place de parking, ses roues frôlant à peine le bitume, la majeure partie de sa masse juste supportée par la portance de ses deux rotors, la chaleur de ses turbines faisant miroiter l'air dans son dos. Un Marine en combinaison beige, penché par la portière ouverte, semble guider la manoeuvre en communiquant avec le pilote par un micro fixé sur son casque de vol blanc. Bientôt, les deux autres machines lui emboitent le pas et le vrombissement s'attenue doucement. Pendant quelques instants, dans la chaleur poussièreuse du désert du Nevada, on se serait cru en Irak.


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Nous décollons d'Henderson et faisons un grande boucle autour de la classe B de Las Vegas pour rejoindre le lac Mead. Comme entre Portland et Reno, c'est Patrick qui est commandant, Vincent est en place droite et je suis calé au milieu des bagages sur la banquette arrière.
Nous passons Boulder City, puis au dessus du barrage Hoover, un arc de cercle de béton blanc coincé entre deux falaises de rocher brun. Un peu en aval, un pont est en construction, apparemment pour remplacer la petite route tournicotante qui passe sur le barrage par une large autoroute rectiligne. Les deux gigantesques demi-arches de l'ouvrage, suspendues par une multitude de câbles, enjambent vertigineusement la Colorado River, encore plus impressionantes que le barrage lui-même.

Hebergement gratuit d'image et photo

Cap à l'est, nous suivons les méandres du lac Mead jusqu'en Arizona. Les rives s'élèvent et se rapprochent peu à peu, les plages fractales de rocher érodé devenant progressivement des falaises déchiquetées aux teintes orangées. Quand nous arrivons au dessus du Grand Canyon proprement dit, je me suis endormi. Maudite grippe, qui m'aura fait rater le survol de cet endroit mythique.



Pendant le reste du vol, j'emerge ponctuellement d'un sommeil enfiévré, absorbant furtivement des images de restanques brunes aux étagements anarchiques et gigantesques, d'immenses pitons aux sommets plats entourés d'éboulis de rochers, de reflets de soleil entraperçus sur la Colorado river au fond d'un canyon vertigineux, de glissement de gouttes de bruine sur le pare-brise du Cessna...


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Je ne me rappelle même pas l'atterrissage à Page. Je crois que je me suis seulement reveillé au parking, et que j'ai raté l'arrivée sur le lac Powell, le bandeau noir de la piste 33, la tâche verte de la ville de Page au milieu de l'aridité du désert, et le mont Navajo dans le lointain.
Le N9488G se fait attendre - nous apprendrons plus tard que Marc-Olivier a décidé de s'arrêter et de se dégourdir les jambes un moment sur le petit terrain de Marble Canyon, plus au sud, avant de rejoindre Page. Fédéric, Bertrand et Patrick, enthousiastes, repartent à bord du N487SP faire un local au dessus de Lake Powell au coucher du soleil. Je reste au sol avec l'équipe Priceline : on aura pas de quatre étoiles à Page, mais ce soir je serais bien content avec n'importe quel hôtel où je pourrais m'allonger.


12 décembre 2009

Far West 2009, 8 juin : de Reno à Las Vegas

Où l'on survole la fameuse base militaire d'Edwards
- Reno/Tahoe International Airport (Reno, Nevada, USA)
- Mojave Airport (Mojave, California, USA)
- Mc Carran International Airport (Las Vegas, Nevada, USA)

"Ah, vous avez réservé avec priceline..."
L'hôtesse pianote sur son ordinateur avec une moue embêtée.
"Vous savez, priceline, ils ne nous disent jamais quel type de chambre les clients ont demandé. Vous voulez une chambre avec deux queen beds ?"
Elle continue à tapoter sur le clavier, concentrée sur l'écran, puis, avec un sourire véritablement gêné, annonce à Patrick :
"Je suis vraiment désolée, mais nous n'avons plus de chambres avec deux lits. Il me reste une suite, si ça ne vous embête pas trop ?"


Voilà comment, le lendemain après le petit déjeuner, nous nous retrouvons tous les neuf dans la suite de Patrick et Georges, entre le bar, la table à manger et un petit salon orné d'une immense télé. Par la vaste baie vitrée, la pièce domine la ville de Reno, entassement de bâtiments sans âme qui cuisent au soleil, blottis les uns contre les autres comme pour se protéger du désert de collines brunes et sèches qui les encercle.
Mais, vaste suite dans un quatre étoiles ou chambre exigüe de motel, le rituel ne change pas : les ordinateurs portables, connectés au wifi de l'hôtel, nous abreuvent d'informations que nous griffonnons sur les cartes, couvertes d'épais traits fluorescents représentant les vols passés et à venir, que nous avons étalées sur la moquette. Les stylos remplissent infatigablement des logs de navigations consciencieux, consignant avec soins les nombreux conseils que Marc-Olivier dispense calmement. L'ambiance est un peu fébrile, et l'air sent bon le café chaud.

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Un bus à touristes, parmi les nombreux qui font la navette entre les casinos du centre ville et l'aéroport, nous dépose devant le terminal. Puis nous nous entassons dans le minivan du FBO (à neuf, plus nos bagages, plus le chauffeur) pour rejoindre le parking general aviation où ont dormi nos avions.
Derniers préparatifs, on charge les bagages dans les avions en un savant jeu de Tetris, un passage prudent au toilettes, un tour sur les ordinateurs du FBO pour vérifier une dernière fois la météo et les NOTAMs... Et nous voilà partis.
Vincent aux commandes, nous remontons la piste 16 dans cette ambiance typiquement Farwest, qui rend les vols aux USA si différents de ceux en France. Le ciel est transparent, et les rafales de vent qui remuent l'air chaud emportent des volutes de poussière ocre le long des pistes de l'aéroport international. Au loin, l'horizon est encombré par les collines pelées et rondes du Nevada. Sur notre gauche, un parking de l'Air Force accueille les formes gris clair de quelques C-130, les rubans rouges qui protègent les capteurs de leurs instruments battant contre leurs flancs joufflus. A droite un Boeing de Southwest atterrit, l'impact libérant une bouffée blanche de pneus brulés qui est immédiatement emportée par le vent tiède. Au bout du taxiway, un F-18 nous suit à distance, sa silhouette menaçante distordue par la chaleur ondulée qui émane du bitume.


Nous décollons et grimpons à droite, vers le lac Tahoe. Nous allons rejoindre notre première étape de la journée, Mojave, en passant par dessus les montagnes vers l'ouest, puis en descendant la large vallée cultivée de San Joaquin. Dans les deux autres Cessnas, nos camarades continuent par le sud-est, ils ont choisi de suivre la route 395 qui longe la vallée de la mort.
Le lac Tahoe est un joyau liquide d'un bleu étincellant. Perché à une altitude de 1800 mètres dans la Sierra Nevada, il est enchâssé dans un écrin de montagnes enneigées. Ce vaste miroir transparent est d'un calme ancestral, étrangement apaisant. Fascinés, nous glissons en silence au dessus de la rive est du lac. A certains endroits, une couverture de conifères noirs dégringole les pentes jusqu'à toucher l'eau ; à d'autres le liseré pâle d'une plage de galets dessine délicatement le contour du lac. Et devant, de l'autre coté du miroir, la Sierra Nevada est fièrement campée sur ses larges fondations, des nuages bleu-gris débordant par dessus ses sommets escarpés pour se répandre dans le ciel bienveillant qui domine le lac.


Et déjà, nous quittons le lac et ses cieux cléments. Fermement mais prudemment, Vincent s'engage dans l'espace étroit qui sépare les montagnes et les nuages. Nous passons au ras de crêtes tachées de neige et de stations de ski en jachère, la dérive presque dans les nuages, toujours attentifs à la présence d'une vallée où nous pourrions nous échapper si le plafond venait à s'abaisser jusqu'aux cimes. En une quinzaine de minutes, nous débouchons sans heurs dans la vallée de San Joaquin, obliquant vers le sud-est pour la suivre jusqu'à Mojave.

Après avoir traversé les montagnes humides de la Sierra Nevada, et avalé les kilomètres de cultures quadrillées de San Joaquin, nous retrouvons le désert vallonné du Nevada que nous avons quitté ce matin. Les innombrables éoliennes qui recouvrent les collines poussiéreuses avant Mojave moulinent à décoiffer un Don Quichotte, entrainée par un vent irrégulier mais insistant.
Le spaceport de Mojave est facile à repérer, ses longues pistes entrecroisées se détachant sur l'aplat du désert environnant. Un boneyard de carcasses d'avions à la retraite, plus ou moins déglinguées, est avachi tout autour des installations. Sur les indications de l'agent AFIS, Vincent s'aligne en finale pour la piste 12. Il se bat pour stabiliser l'avion dans les rafales de vent de travers, et fini par sagement décider de remettre les gaz. Un court échange à la radio avec l'AFIS, et nous revenons nous poser sur la piste 22. Elle est longue et étroite, on dirait un câble d'acier noir usé, mais au moins le vent est à peu près dans l'axe. Les roues du Cessna accrochent cette fois-ci le bitume avec un crissement satisfaisant.


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Nous traînons une quarantaine de minutes à Mojave en attendant que les deux autres avions arrivent de la Vallée de la Mort. On fait le plein au self-serve, on va s'acheter de quoi grignoter dans un distributeur poussif, on se balade sur le tarmac dans les rafales de vent chaud, on prend des photos au téléobjectif des coques vides de 747 alignées au bord des pistes... Je révise aussi le prochain vol en essayent de ne pas laisser les cartes et les papiers se faire emporter par les rafales. Je voulais me poser sur un gros terrain, je vais être servi : Las Vegas Mc Carran International Airport, et je cite Wikipedia, in 2008, McCarran ranked 15th in the world for passenger traffic, with 44,074,707 passengers passing through the terminal. The airport ranked 6th in the world for aircraft movements with 578,949 takeoffs and landings. Tout ça pour aller claquer au casino !


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Et nous voilà tous ensembles, trois avions à la queue-leu-leu au seuil de la piste 22. 88G décolle le premier, avec Georges aux commandes et Marc-Olivier en place droite. Dès qu'il quitte le sol, il embarque à gauche, secoué par les turbulences et les coups de vents, mais il s'élève ensuite sans difficulté. Je prend note mentale d'être particulièrement attentif à la rotation, et je m'élance à sa suite. Après avoir pris de l'altitude, je tourne à gauche en prenant garde de ne pas dépasser la radiale de garde du VOR de Palmdale, réglée avant le départ, et qui matérialise la limite de la zone restreinte R-2515 qui protège la base militaire d'Edwards. Vincent confirme avec le GPS. Nous savons qu'en demandant gentiment au contrôleur, il est possible d'être autorisé à faire une verticale d'Edwards, mais il est évidemment exclu de pénétrer la zone sans avoir demandé et obtenu cette autorisation.
Et chacun à notre tour, nous la demandons, et nous l'obtenons, le contrôleur nous permettant aimablement de transiter dans la zone R-2515 en direction de l'est tant que nous volons à plus de 6000 pieds.


La base militaire d'Edwards est un gigantesque complexe qui s'étale dans la terre blanche du désert. Il regroupe plusieurs aéroports, des pistes bétonnées dans tous les sens et de toutes les tailles (sauf petite), des ensembles entremêlés de hangars et de centres de recherche ou de test reliés par des routes, des avions militaires de tous types rangés sur d'immenses parkings, et les interminables pistes d'essai délimitées en noir à même la surface asséchée de Rogers Lake. C'est également dans la poussière de Rogers Lake qu'est dessinée la plus grande rose des vents du monde, un cercle gradué de plus d'un kilomètre de diamètre. C'est ici qu'ont eu lieu les essais en vol de la plupart des avions de l'armée américaine depuis les années cinquante, que Chuck Yeager a passé le mur du son pour la première fois, que la navette spatiale atterrit encore aujourd'hui... Nous apercevons même, en faisant un 360° touristique au dessus de Rogers Lake, l'un des SCA (Shuttle Carrier Aircraft - les Boeings 747 utilisés pour déplacer la navette spatiale).


Et nous remettons le cap sur Las Vegas, en suivant plus ou moins la saignée grise que dessine la I-15 dans le sable brun du désert du Nevada. Nous dépassons Barstow (le pays de chauve-souris), nous faisons un peu secouer en sautant des collines nues sur lesquelles le vent s'écrase en turbulences agitées.
Le contrôleur qui gère les approches par le sud vers les trois aéroports de Las Vegas, nous demande à plusieurs reprises si nous sommes bien sûrs de vouloir nous poser à l'international de McCarran avec nos petits Cessnas, ce que je confirme en essayant de garder une voix assurée. A partir de là, nous sommes téléguidés comme en IFR, en prenant les caps et les altitudes précis qu'on nous indique. Nous nous enfonçons dans la classe Bravo qui protège Las Vegas en valsant d'une fréquence à l'autre . C'est plutôt facile, les contrôleurs sont tous très compétents et prennent soin de nous ménager un couloir tranquille au milieu du dense trafic de liners et de jets privés (je crois qu'ils s'arrangent surtout pour que ce soit nous qui ne génions pas les gros avions). Je me laisse guider paisiblement.


Au bout de l'autoroute, se dévoilant entre deux grosses collines, nous découvrons Las Vegas. La première chose qui me vient à l'esprit quand je pense à cette ville vue des airs, c'est marron. Las Vegas est comme un vieux tapis poussiéreux étalé ton sur ton sur le désert, avec au milieu les excroissances hétéroclites des casinos du Strip (qui, de jour et vus du ciel, ne sont pas très impressionnants), et l'aéroport de McCarran, comme un trou décousu dans le tissu usé de la ville.
En suivant les indications des contrôleurs, nous passons au dessus de banlieues, zones commerciales et lotissements résidentiels de plus en plus denses. En vent arrière éloignée pour la piste 19 droite, nous coupons les axes des deux grandes pistes est-ouest de McCarran. Les tours vitrées des hôtels du Strip reflètent par éclats les rayons déclinants du soleil, et le bitume pâle de l'aéroport semble couvert de paillettes d'or dans la lumière mordorée de cette fin de journée. Virage en base en visant la corolle du Stratosphere, puis finale dans des rafales de vent, et je touche proprement (à peu près) au milieu d'une piste qui doit être dix fois plus large que l'envergure de mon avion, et dont la surface brun-gris et durement noircie par d'innombrables impacts de pneus.

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Comme l'année précédente, nous sommes guidés à travers un dédale de taxiways, et jusqu'au parking d'Atlantic (le FBO), par un pickup jaune arborant un grand panneau lumineux follow me. Les parkings sont chargés de jets privés de toutes les tailles : Citations, Glufstreams, et même d'impressionnants Boeings 737 BBJ. Nous devons être les trois seules machines à hélice sur tout l'aéroport.
Une charmante demoiselle rousse descend du follow me et me guide par signes sur ma ligne de parking. Le soleil est passé sous l'horizon, et le strip commence à s'illuminer d'une cacophonie de néons colorés qui contraste avec la teinte grise du ciel crépusculaire.



3 novembre 2009

Far West 2009, 7 juin : de Portland à Reno

Où l'on se rend compte qu'une hélice du Duchess est tordue, et où l'on fait le vol sans escale le plus long du voyage
- Portland International Airport (Portland, Oregon, USA)
- Reno/Tahoe International Airport (Reno, Nevada, USA)



Ambiance tendue ce matin chez Flightcraft.
Rassemblés dans l'atmosphère cossue de la salle de préparation, entre les ordinateurs, le billard, la grande télé câblée et les larges fauteuils de relaxation en cuir, nous tenons un conseil de crise. En effet, pendant que chacun vaquait à ses occupations, préparation du vol, sirotage de café, dégustation de cookies ou partie de billard, Marc-Olivier est sorti sur le tarmac pour aller faire la prévol du Duchess. C'est pendant ce rituel indispensable qu'il a remarqué que les bouts de pâles de l'hélice droite étaient assez fortement pliés et rabotés : elle a manifestement heurté quelque chose alors qu'elle était en rotation. Nous ne saurons jamais exactement comment c'est arrivé, mais l'explication la plus probable est que nous ayons touché des gravats en traversant les zones en travaux des taxiways de Portland, la veille.


En attendant l'arrivée du mécano, qui se déplace aimablement un dimanche (aimablement, mais pas gratuitement), nous débattons de la suite des évènements. Il faut appeller Gus, le propriétaire du Duchess, et le club. Il faut décider de comment organiser la suite du voyage dans l'hypothèse tout à fait plausible où le Duchess est immobilisé à Portland pour plus de temps que ne vont durer nos vacances. Marc-Olivier est stressé : dans tous les cas, en tant qu'instructeur, il est responsable théoriquement de l'incident. Joël est moi sommes embêtés, car c'est certainement l'un de nous deux qui a fait la bêtise. Et toute cette tension ambiante déteint sur le moral du reste du groupe qui finalement ne sait plus non plus quoi dire ni quoi penser.
Finalement, le mécano nous informe qu'il ne peut rien dire sans démonter le moteur pour vérifier qu'il n'y a pas d'autres dégats invisibles. C'était prévisible. Certains ne sont pas contre en profiter pour faire de cette journée une vraie off, sans vol, et se laisser le temps de la réflexion avant de repartir. Mais Marc-Olivier a besoin de voler pour chasser le désagréable arrière goût que lui laisse cette mésaventure, et même nous dit-il, il a envie de partir le plus loin possible, maintenant, tout de suite.
Il en sera donc ainsi, pas de journée off, mais le vol sans escale le plus long de tout le séjour : Portland - Reno, 750 kilomètres, plus de quatre heures en un coup d'aile.

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Nous décollons de la piste 21, la "petite" piste qui coupe presque perpendiculairement la grande 28 gauche où se bouscule toujours le trafic commercial. D'une part elle nous oriente vers le sud et notre destination, et aussi elle nous évite de trop rouler entre le parking et le point d'arrêt.
Le ciel est bouché par un pesant plafond gris, mais l'étude météo nous a montré que le temps se dégage vers le sud : nous avons bon espoir de trouver un trou pour passer au dessus de la couche avant que les contreforts des Cascades nous forcent à prendre de l'altitude. Au pire, nous pourrons faire un détour suivant la plaine jusqu'à atteindre le temps forcément plus clément du nord de la Californie. A Reno, dans les étendues désertiques du Nevada, il n'y a de toute façon jamais un nuage.

Comme pressenti, nous avons du abandonner le Duchess dans un hangar de Flightcraft. Nous ne le reverrons plus du voyage, dommage pour mon initiation au multimoteur / train rentrant / calage variable. Nous nous sommes donc entassés dans les vaillants Cessnas, trois personnes et leurs bagages par avion : Marc-Olivier, Georges et Alex dans "droopy", le N9488G auquel les saumons d'ailes, qui se courbent vers le bas, donnent un air un peu triste ; Joël, Bertrand et Fred dans le cockpit suréquipé du luxueux N487SP ; et Vincent, Patrick et moi dans ce bon vieux camarade, le N4975F.
C'est Patrick qui pilote, Vincent et à coté de lui et je suis bien calé à l'arrière entre deux grosses valises et une pile de cartes. La campagne verte et humide de l'Oregon glisse avec monotonie sous nos ailes, mal éclairée par un soleil qui filtre difficilement au travers de la chape de nuages. Sur la radio 1, les fréquences de flight following s'égrainent tranquillement, efficacement. Sur la radio 2 réglée sur 123.45 Mhz, nous discutons avec les autres avions, échangeant informations aéronautiques ou météorologiques autant que commentaires touristiques.


Nous passons rapidement au dessus de la couche. Satisfaits de voir notre plan se dérouler sans accroc, nous continuons vers le sud, cette fois entre un ciel bleu brillant et un tapis de nuages inégal qui se déchire en tranchées effilochées, laissant parfois apparaitre des morceaux de paysage.
"Eh ben, j'ai jamais fait autant de on top !" remarque Patrick, amusé.
A l'arrière, j'ai dégotté l'iPod de Vincent et je l'ai branché à mon nouveau casque Zulu. C'est assez tripant d'écouter Girl Talk à 8000 pieds, en frôlant du bout des doigts les franges éparpillées des nuages. Peu à peu, la couche se morcelle, et quand nous retrouvons les familières courbes boisées des Cascades, nous sommes seulement entourés de quelque cumulus posés ça et là, s'accrochant parfois à une barre rocheuse qui jaillit de la forêt, grise et fière.


Bien que nous poussions l'endurance du Cessna à sa limite - et nous recalculons plusieurs fois notre autonomie restante, recoupant informations manuscrites et données GPS, pour nous assurer qu'il n'est pas nécessaire de faire un pit stop - nous nous offrons un court crochet pour aller admirer Crater Lake. Avec Vincent, nous l'avions déjà survolé en 2008, alors qu'il était voilé par les fines fumées d'incendies proches. Aujourd'hui, le lac qui remplit la vaste caldera est d'un bleu éblouissant, pur et lisse, dont la teinte est encore accentuée par le blanc des étendues de neige qui parsèment ses abords escarpés. Nous ne pouvons pas nous attarder, et nous reprenons notre route vers le sud en longeant Klamath Lake, puis l'aéroport de Klamath Falls où Marc-Olivier, Alex et Georges ont posé le 88G pour faire le plein, inquiets d'une consommation d'essence plus rapide que prévue.



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Finalement, nous serons les premiers à nous poser à l'aéroport de Reno/Tahoe International (pas le terrain de Reno/Stead, où ont lieu les fameuses Reno Air Races).
Il y a pas mal de vent, et à l'ouverture des portes du Cessna, nos cartes et autres paperasses essayent de nous fausser compagnie, obligeant Patrick et une sympathique dame du FBO à galoper sur les parkings pour les rattraper dans une séquence digne de Benny Hill. Hilare, Vincent filme évidemment la scène.


Le SP nous rejoint peu après, le 88G se fait attendre (au point même de nous inquiéter un peu). Nous patientons sous un ciel sans nuages qui se teinte doucement des couleurs métalliques du crépuscule, en regardant les Boeings 737 de Southwest qui atterrissent et décollent sans arrêt. Ils déplacent moult touristes venus profiter des casinos de cet espèce de mini Las Vegas qui, nous nous en apercevrons ce soir, est surtout fréquenté par des personnes âgées.